Christa Pike (1976-), une injection létale ratée par deux fois

Christa Pike (1976-), une injection létale ratée par deux fois

Christa Pike
Christa Pike

Alors que la peine de mort est revenue en vigueur dans certains états des États-Unis depuis un certain temps, il arrive encore en 2026 que certaines des exécutions ne se passent absolument pas comme c’était prévu. C’est le cas pour ce qui est de l’exécution que devait subir Christa Pika, seule femme dans le couloir de la mort dans le Tennessee, ce 30 septembre 2026, faisant d’elle la première femme à subir la peine de mort depuis 200 ans dans cet état.

La peine de mort a été réintroduite dans cet état en 1978, et la première application de cette peine a eu lieu en 2000. Depuis, c’est toute une série qui s’en est suivie. Mais ce 30 septembre 2026, alors que Christa Pike devait être la suivante sur la liste, tout un tas d’évènements s’est enchaîné, et elle n’a pas rendu son dernier souffle. Christa Pike a été condamnée à la peine de mort en 1996, pour le meurtre en 1995 de Colleen Slemmer, 19 ans. Le 12 janvier 1995, cette jeune fille a été attirée dans une zone isolée près de son université par trois personnes.

La condamnation de Christa Pike

Alors que la première est restée dans un rôle d’observation, la seconde a utilisé un cutter et un instrument de boucher pour taillader le corps de Colleen Slemmer. Et la troisième a gravé un pentagramme sur son torse ainsi que son front, avant que la seconde ne procède à la mise à mort de la victime en lui fracassant un lourd morceau d’asphalte dans le crâne, avant de ramasser un morceau de son crâne et de quitter les lieux avec.

Les trois personnes responsables de la mort de Colleen Slemmer sont Shadolla Peterson pour la première, 18 ans, Christa Pike pour la seconde, 18 ans, et Tadaryl Shipp pour la troisième, 17 ans. Mais alors que l’on se serait attendu à ce qu’au moins deux des trois ne subissent la même sentence lors de leur procès, seule une s’est entendue infliger la peine de mort : Christa Pike. La raison en est que bien que Tadaryl Shipp ait participé activement aux actes de torture subis par Colleen Slemmer, il n’était pas encore majeur au moment des faits.

Et c’est uniquement pour cette raison que la peine prononcée à son encontre fut la prison à vie sans possibilité de libération, au lieu de la peine de mort. Shadolla Peterson, quant à elle, a simplement bénéficié d’un sursis, ayant simplement assisté aux faits. Quant à Christa Pike, elle a été immédiatement envoyée dans le couloir de la mort afin de patienter jusqu’à l’application de la sentence. Une attente qui aura duré pas moins de trois décennies, puisque ce n’est qu’en ce 30 septembre 2026 que l’injection létale, méthode retenue par le Tennessee, a été programmée pour elle.

Sauf que rien ne s’est passé comme prévu. L’heure prévue pour cette injection était 10h heure locale, correspondant à 17h en France. Les parents de la victime, Colleen Slemmer, ont fait le déplacement depuis la Floride, ce qui représente plus de 1000km, pour assister au dernier souffle du seul bourreau de leur fille qui devait rendre son dernier souffle ce jour-là.

Et malgré que tout était en place sur le papier, à peine deux heures avant celle choisie pour l’injection létale, la machine s’est arrêtée. En effet, la sixième circonscription de la cour d’appel fédérale des États-Unis, par l’intermédiaire de deux de ses juges, a demandé l’arrêt de la procédure, au titre que les graves traumatismes neurologiques et abus sexuels subis par Christa Pike durant son enfance n’ont pas été suffisamment pris en compte lors du procès en 1996, ceux-ci ayant été balayés par la cour à cette époque.

Le sixième amendement de la Constitution des États-Unis

Le système américain est construit de sorte que quand un appel est prononcé dans le cadre d’une procédure d’injection létale, celle-ci reste valide jusqu’à minuit. Et à moins que la Cour suprême des États-Unis ne se prononce pour casser le sursis mis en place, l’injection létale ne peut plus être exécutée, l’application de la peine de mort doit donc être reprogrammée, quitte à ce que cela prenne encore de nombreuses années.

Dans le cas de Christa Pike, il a fallu patienter jusqu’aux environ de 19h heure locale pour que la Cour suprême réagisse. Le processus a donc repris son cours avec une nouvelle entrée des témoins peu avant 19h30, et quelques minutes plus tard, l’injection létale a été appliquée sur Christa Pike, ce 30 septembre 2026. Une fois. Puis deux fois. Alors que le sursis in extremis était déjà un cas exceptionnel, le raté d’une première injection létale en est un second.

Et si l’histoire avait pu s’arrêter là, cela aurait certainement fait scandale du côté des défenseurs de la vie (qui sont autant sur place que ceux qui attendent l’exécution), mais les choses ne seraient pas allées plus loin pour Christa Pike, puisqu’elle aurait rendu son dernier souffle. Or, ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. Alors que j’écris ces lignes, il est environ 1h du matin heure locale, et aux dernières nouvelles, le cœur de Christa Pike bat toujours.

L’état du Tennessee, du fait que minuit est passé, ne peut plus faire de nouvelle tentative pour appliquer la peine de mort, puisque celle-ci n’était valable que jusqu’à minuit. Quant à Christa Pike, elle a été emmenée par une ambulance afin de bénéficier de soins, car le huitième amendement de la Constitution des États-Unis interdit les châtiments « cruels et inhabituels », ce qui correspond précisément à son cas, puisqu’elle aura survécu à deux injections létales qui ont bel et bien été administrées dans son corps.

Elle aurait par ailleurs dit ressentir l’impression que la veine dans laquelle l’injection lui a été administrée lui donnait le sentiment qu’elle allait éclater, ce qui témoigne d’une souffrance interdite par la Constitution des États-Unis. Et c’est ce qui explique son évacuation par ambulance afin de lui administrer des soins à l’hôpital.

L’exécution ratée de Tony Carruthers

Tony Carruthers
Tony Carruthers

Ce n’est pas la première fois qu’une exécution par injection létale se solde par un loupé, et c’est même arrivé récemment dans ce même état qu’est le Tennessee, puisque la dernière fois, c’était lors pour Tony Carruthers, et c’était le 21 mai dernier. Cet homme de 57 ans s’était rendu coupable de meurtre au premier degré en 1995 pour avoir battu, tué puis enterré Delois Anderson, son fils Marcello, ainsi que Frederick Tucker. La condamnation de Tony Carruthers ne s’est reposée que sur des preuves indirectes ainsi que des témoignages contestés, sans aucune preuve matérielle ni aucun ADN, et le procès a fait grand bruit à l’époque pour ces raisons.

Sans compter que pas moins de six avocats ont renoncé à défendre Tony Carruthers, ce qui a entraîné la demande par le juge qu’il se défende lui-même. Mais la peine de mort a été prononcée malgré tout, et devait donc être appliquée le 21 mai 2026. Ce jour-là, l’application de l’injection létale n’a pu se produire pour Tony Carruthers, du fait que le personnel médical n’a pas réussi à trouver une veine adéquate pour lui administrer les différents produits qui sont censés conduire à l’arrêt des battements du cœur du condamné.

Le processus est censé fonctionner de cette façon : on commence par administrer un sédatif qui doit entraîner une perte de conscience rapide, puis un agent paralysant pour bloquer l’activité des muscles, et enfin un agent d’arrêt cardiaque pour stopper l’activité du cœur, permettant d’annoncer le décès du condamné et la fin de la procédure. Tout ce processus est supposé permettre l’application de la peine de mort sur un condamné en lui évitant ce qui est interdit par le huitième amendement de la Constitution des États-Unis. Mais dans le cas de Tony Carruthers, aucune injection n’a pu être administrée, de sorte qu’il a bénéficié d’un sursis d’un an.

Retour sur le cas Christa Pike

L’histoire est fort différente en ce qui concerne Christa Pike, car le personnel médical a trouvé une veine adéquate, et l’injection létale a eu lieu. Sauf qu’elle a échoué. Dans ce genre de cas, on n’attend pas, toujours pour éviter l’interdit du huitième amendement qui rendrait la procédure caduque, et on procède immédiatement à une seconde injection. C’est ce qui a précisément été fait sur Christa Pike.

Sauf que plusieurs heures plus tard, elle est officiellement toujours en vie. Et l’heure locale ayant dépassé minuit, l’exécution ne peut pour l’instant plus avoir lieu. Ainsi, à moins qu’elle ne décède à l’hôpital où on lui administre des soins, elle devrait bénéficier d’un sursis tout comme Tony Carruthers. La question étant : dans quel état sera-t-elle si elle survit ? J’en profite ici pour placer le fait que Christa Pike ne demandait pas une grâce, elle demandait un peloton d’exécution, ce qui lui a été refusé.

Au-delà de la question de son état actuel qui est d’ordre éthique, et sans diminuer la gravité de ce dont Christa Pike s’est rendue coupable et qu’il ne faut pas oublier (que l’on soit pour ou contre la peine de mort), on est aussi en droit de se demander s’il est juste que, alors que deux personnes ont commis un même crime, elles puissent subir deux peines complètement différentes, simplement au titre de quelques mois d’âge d’écart. Selon moi, c’est un point qui pose question. Si Christa Pike devait être condamnée à la peine de mort, il aurait été juste que son petit ami Tadaryl Shipp le soit également.

L’autre point que je trouve intéressant à soulever au sujet de la peine de mort en général, c’est l’attente entre le moment où cette peine est prononcée, et celui où elle est appliquée. Car la peine de mort de Christa Pike, tout comme celle de Tony Carruthers, elles ont été toutes les deux prononcées en 1996, et finalement ce n’est qu’en 2026 qu’elles auraient dû être appliquées. Alors qu’on pose la question de l’éthique sur la souffrance au moment de l’application de l’injection létale, est-il normal de faire patienter tant les condamnés que les familles des victimes durant de si longues années ?

Je précise ici que je ne pose pas la question du bienfondé ou non de la peine de mort elle-même, car ce n’est pas le sujet sur lequel je souhaite me pencher. Que l’on soit pour ou que l’on soit contre, c’est de toute façon le fonctionnement du Tennessee. Par ailleurs, le gouverneur Bill Lee, qui avait refusé la grâce à Christa Pike il y a deux jours, a annoncé mettre en pause les procédures d’exécution dans son état pour le restant de l’année 2026.

Cela met de facto entre parenthèses celle qui était prévue le 3 décembre prochain et qui concernait Gary Wayne Sutton, condamné à la peine de mort pour le meurtre de son ami Tommy Griffin ainsi que de sa la sœur de celui-ci Connie Branam, avec l’aide de son oncle James Dellinger, en 1992. Parmi les femmes tristement rendues célèbres pour leur exécution par injection létale aux États-Unis, on peut citer Aileen Wuornos, un cas que j’ai décortiqué à travers un article complet.

Bloodwitch Luz Oscuria
https://lantredebloodwitch.com

Autrice et correctrice professionnelle

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