Hans Ruedi Giger est mort hier, lundi 12 mai 2014, à l’âge de 74 ans, des suites d’une mauvaise chute. Voilà l’info qui est tombée ce matin. Je peux vous dire que j’ai mal, vraiment mal.
« Dark Seed II », la découverte d’un univers
Contrairement à beaucoup de gens, ce n’est pas par l’intermédiaire d’Alien que je le connaissais. Je l’ai connu il y a bien longtemps, en 1997, grâce à un jeu vidéo sur PC que mon père m’avait offert. Dark Seed II, édité par la boîte Cyberdreams. Je n’avais alors que 12 ans, et j’ai de suite été attirée jusqu’à la fascination par les décors de ce jeu.
Les illogismes de son scénario (pourtant de très bonne qualité, il faut le dire) ne m’ont pas empêchée de le terminer plusieurs fois, juste pour m’en remettre plein les mirettes. Pour l’époque, ce jeu bénéficiait d’un moteur graphique exceptionnel, Giger lui-même avait tenu à ce qu’une haute résolution soit utilisée pour la réalisation de « Dark Seed » premier du nom. Il est donc en 640x400px.
Pour l’anecdote, Giger n’a réalisé aucun nouvel artwork pour sa suite, « Dark Seed 2 », aussi ce sont les anciennes œuvres de l’artiste qui ont été réutilisées, la plupart étant sous licence. L’œuvre qui m’a fascinée bien davantage que tout le reste dans ce jeu, c’est « Li II ». La Déesse des Écritures, une beauté exceptionnelle, qui me suit encore aujourd’hui, puisque je l’ai choisie pour être le fond d’écran de mon smartphone.
À l’époque où je l’ai découverte, je ne faisais absolument pas attention aux symboles autour de ce visage, je la regardais avec des yeux innocents, tout comme je regardais tous les décors du jeu. Avec les années, je me suis rendue compte que l’univers biomécanique de Giger n’est en réalité fait pratiquement que de symboles sexuels. Je n’en suis pas davantage choquée, étant fascinée depuis toute gamine, je le suis toujours autant.

L’exposition « Le Monde Selon HR Giger »
Le 18 décembre 2004, j’ai eu l’énorme chance de pouvoir me rendre à l’exposition « Le Monde Selon HR Giger », qui s’est déroulée à la Halle Saint Pierre, à Paris. J’y ai vu la plupart des œuvres présentes dans « Dark Seed 2 », et j’en ai découvert bien d’autres que je ne connaissais pas encore (je n’avais pas Internet à cette époque).
C’est là que j’ai découvert que Giger est à l’origine de la créature du film « Alien, le 8ème passager. C’est un film que j’avais adoré, mais je n’avais pas du tout réalisé que derrière cette créature si effrayante, c’était lui. C’est aussi lors de cette exposition que j’ai découvert que le micro de Jonathan Davis, du groupe Korn, est l’une de ses conceptions également. En fait, je connaissais plusieurs de ses œuvres, mais sans savoir qu’elles étaient de lui. C’est cette exposition qui m’a ouvert les yeux sur l’immensité de son talent.
Comme je disais un peu plus haut, j’ai aussi découvert des choses que je n’avais encore jamais vues. Comme cette table et ces chaises, que tout le monde semblait déjà connaître à part moi, que j’aurais adoré avoir chez moi, sauf que sans le décor qui va bien autour, ça donnerait un résultat bien ridicule… Et enfin lui-même en personne, Hans Ruedi Giger, assis derrière une table, gros feutre noir à la main, en train de signer des trucs.
Ce jour-là, je savais qu’il serait présent, une séance de dédicace était prévue. J’avais chopé au vol mon disque du jeu vidéo « Dark Seed 2 », exprès pour l’emmener à cette expo, pour le montrer à Giger. Ce jeu n’ayant pas été un franc succès, je me souviens encore de la tête qu’il a faite quand je le lui ai présenté. Il était vraiment surpris, et je regrette encore que la barrière de la langue m’ait empêchée d’échanger quelques mots à ce sujet.
Mais c’est avec un grand sourire aux lèvres qu’il a dédicacé le livre de ses œuvres que j’ai acheté ce jour-là. « Icons: HR Giger », des éditions Taschen. Et c’est avec une certaine fébrilité que j’ai rouvert ce livre, à sa première page, ce matin. Cette signature, elle vaut désormais de l’or. Et elle était déjà au-delà de toute valeur matérielle pour moi il y a 10 ans, quand il l’a faite.
Bien calée à cet endroit, se trouve encore le prospectus que j’avais récupéré lors de cette fameuse exposition, pour le Musée ouvert à son honneur à Gruyères, en Suisse. Un jour, c’est promis, je m’y rendrai. Ce pèlerinage n’aura pas le même goût, car j’aurais aimé pouvoir l’y voir, mais je veux revivre un semblant de toutes ces sensations que j’ai vécues à la Halle Saint Pierre en ce 18 décembre 2004.
Tout en sachant que cette unique rencontre avec l’artiste, je ne pourrai plus jamais la revivre. Hier, Hans Ruedi Giger s’est éteint, des suites d’une malheureuse chute dans un escalier. Un génie s’en va, une icône que rien ni personne ne pourra jamais remplacer. Que son âme soit en paix, ses travaux traverseront le temps.

