
Hans Ruedi Giger était plasticien, sculpteur, graphiste, illustrateur et designer. Il a réalisé ses premières œuvres dès 1966, à travers une série que l’on connaîtra par la suite sous le nom « Shafts ». Visuellement, on est très loin de ses travaux les plus connus, mais on en retrouve tout de même les prémices. Un an plus tard, en 1967, il a créé les « Birth Machines », qui permettent de remarquer très vite une évolution énorme en l’espace d’une seule année.
Giger a initié la marche de la biomécanique, que l’on pourrait décrire comme un mélange de formes humaines, extraterrestres et mécaniques. Un univers très particulier, qui deviendra rapidement sa marque de fabrique. Mais revenons sur ces œuvres qui resteront parmi les plus marquantes de sa carrière.
Giger et Disneyland
Les plus anciens parmi nous, et surtout les plus observateurs, auront remarqué l’univers si particulier qui était dépeint à travers les images de l’attraction nommée « Captain Eo », à Disneyland Paris. Cette attraction, ouverte en 1985, a été remplacée en 1999 par « Chérie, j’ai rétréci le public », un spectacle clairement publicitaire, mais non moins sympa pour autant, sponsorisé par la marque Kodak.
Depuis 2018, c’est le spectacle « Mickey et son Orchestre PhilharMagique » qui a pris la place laissée vacante par la réalisation qu’était « Captain Eo », qui nous intéresse ici. Au sein des images diffusées par ce film (qui durait tout de même 17 minutes), ce sont surtout la reine araignée ainsi que sa planète qui dénotaient. Eh bien, il s’agit ni plus ni moins que de réalisations faites par Giger lui-même.
Pour celles et ceux qui n’avaient eu la chance de voir « Captain Eo », le film a refait surface à l’occasion du premier anniversaire de la mort de Michael Jackson, en 2015. Car le Captain Eo, c’était lui ! L’attraction a donc fêté son retour à Disneyland Paris, mais aussi dans les parcs Disney d’autres pays, comme celui de la Floride ou encore celui du Japon.
Certes, ce fut l’occasion de rendre un hommage à MJ, mais ce fut aussi un moyen (certes temporaire) de redécouvrir le merveilleux travail que Giger a effectué dessus. Par ailleurs, le nom de Giger n’est absolument pas le seul à avoir travaillé sur « Captain Eo », et si vous cherchez des renseignements supplémentaires à ce sujet, vous serez certainement surpris(e) de voir qui d’autre y a contribué 😉
Le tableau « Li II »

Le tableau nommé « Li II » n’est pas totalement sorti de l’imagination de Giger. En effet, derrière ce visage biomécanique se cache une femme qui a bel et bien existé. Cette femme se nommait Li Tobler, il s’agissait d’une actrice Suisse que Giger a rencontré en 1966, et avec qui il s’est marié. Son visage est aussi à l’origine du tableau nommé « Li I », et les deux ont été réalisés en 1974.
Pour ma part, je préfère largement « Li II », qui est à mes yeux le tableau le plus extraordinaire jamais conçu. Je ne saurais expliquer ce qu’il m’inspire, tant ce serait complexe. Le regard de cette femme, cette expression que Giger lui a dépeinte, me donnent un sentiment d’apaisement dès lors que je regarde cette œuvre. C’est très étrange.
Pour l’anecdote, vous pouvez voir ce tableau dans une version animée au sein des jeux vidéo d’horreur titrés « Dark Seed ». Le premier est sorti en mai 1995, et le second en décembre 1995, et les deux ont été édités par le studio Cyberdreams. Disons-le clairement, à cause d’une résolution graphique extrêmement basse pour nos machines actuelles, ces jeux vidéo ont très mal vieilli.
Mais ils ont pour eux l’énorme avantage de bénéficier de décors entièrement conçus par Giger, ce qui les rend aussi magnifiques que sympas à jouer. Car, si vous parvenez à passer outre la qualité graphique antédiluvienne, l’histoire de ces deux jeux en vaut vraiment la peine. On a là une véritable métaphore de la plongée dans la folie la plus profonde à travers l’histoire de Mike Dawson, personnage principal que l’on incarne.
Giger et « Dune »

Bien que l’on raconte çà et là que Giger a participé au film « Dune » de David Lynch, cela n’a jamais été vrai. Par contre, il a bel et bien participé à celui de Alejandro Jodorowsky, entre 1973 et 1976. Ce devait par ailleurs être la première grande collaboration cinématographique à laquelle Giger prenait part, bien avant « Alien », et elle n’a finalement jamais eu lieu, par faute de financements (il a malheureusement manqué un tier des 15 millions de dollars que sa production demandait).
Cela dit, à défaut d’avoir le « Dune » de Jodorowski, qui promettait pourtant d’être gigantesque dans tous les sens du terme, il existe un film documentaire, qui permet de découvrir entre autres le travail effectué par Giger dessus. Titré « Jodorowsky’s Dune », il a été présenté lors du Festival de Cannes en 2013, et il raconte en détails cette tentative ratée d’adaptation du roman de Frank Herbert par Jodorowski.
On peut donc y voir Giger lui-même, ainsi que les décors qu’il avait imaginés pour ce projet. Ce documentaire est sorti en DVD le 21 mars 2014 aux États-Unis, et en cherchant un peu, on peut le trouver en sous-titré français.
Giger et « Alien, le 8ème passager »

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Giger n’est pas parti d’une page blanche pour réaliser la créature du film « Alien, le 8ème passager », de Ridley Scott. Il a pris pour base deux tableaux qu’il avait peint 3 ans auparavant, à savoir « Necronom IV » et « Necronom V ». Ce qui est drôle, c’est que c’est en quelque sorte l’échec du « Dune » de Jodorowski qui aura permis à Giger de créer la créature du film « Alien ». En effet, c’est Alejandro Jodorowski lui-même qui a présenté Giger à Dan O’Bannon, le scénariste du film.
Ce dernier a été immédiatement séduit par la vision si particulière de Giger, et a glissé le mot au réalisateur Ridley Scott. Ce dernier a rapidement décidé de faire appel aux services de Giger en voyant les tableaux « Necronom IV » et « Necronom V », qui représentaient une base parfaite pour la créature du film. La participation de Giger à ce film lui a valu de remporter l’Oscar des meilleurs effets spéciaux en 1980. Et Ridley Scott a de nouveau fait appel à lui pour le film « Prometheus », en 2012.
Pour l’anecdote, les deux œuvres à l’origine de la créature du film « Alien, le 8ème passager » figurent au sein d’un recueil titré « Necronomicon » (d’où leurs noms respectifs de « Necronom IV » et « Necronom V », justement). Ce recueil a été publié en 1977, et il représente le premier compendium d’images majeur de Giger. Et si le nom « Necronomicon » vous parle, ce n’est pas sans raison.
En effet, parmi les influences de Giger, on y retrouve Lovecraft, le créateur du mythe autour du fameux livre interdit de l’auteur fictif Abdul Al-Hazred. J’ai d’ailleurs fait tout un article pour décrire en détails ce qui se trouve dans ce « Necronomicon ». Les lecteurs de Lovecraft avaient vu à travers les œuvres de Giger, dès 1970, une projection imagée des écrits de Lovecraft. C’est ce qui a poussé Giger à réaliser son propre « Necronomicon ». Et c’est de cette base que la créature du film « Alien, le 8ème passager » est née.
Giger et la musique
Giger a travaillé notamment avec la chanteuse Debbie Harry (Blondie) en 1981, pour la pochette de l’album « Kookoo », mais il a également été consultant sur le clip de « Now I know you know », comme on peut très facilement le deviner (et d’ailleurs, vous constaterez très facilement que le tableau « Li II » dont je parlais plus haut est en très bonne place dans ce clip) :
Les collaborations entre Giger et le monde de la musique ne se sont pas arrêtées là. Il a également réalisé des pochettes d’album pour plusieurs groupes, ses dernières collaborations en date s’étant faites avec le groupe Triptykon, pour les albums « Eparistera Daimones » (2010) et « Melana Chasmata » (2014).
Autrement, il a collaboré des pochettes pour bien d’autres groupes tels que Celtic Frost (pour « To Mega Therion« ), Carcass (pour « Heartwork« ) ou encore Atrocity (pour « Hallucinations« ). En parlant de ces derniers, Alexander Krull a posté sur sa page Facebook une photo de lui-même en compagnie de Giger pas plus tard qu’hier (13 mai 2014), en hommage. On peut aussi retrouver un hommage sur leur site web.

Giger a également eu des collaborations scéniques, en réalisant notamment en 2000 le pied de micro de Jonathan Davis du groupe Korn, dont il n’existe que 5 exemplaires de par le monde. C’est un modèle qui a été conçu à partir d’une œuvre nommée « Nubian Queen ».
On peut aussi évoquer le décor de la tournée « Mylenium Tour » (1999-2000) de Mylène Farmer, qui a été conçu à partir du tableau n° 218, visible juste en dessous de ce paragraphe. Elle est allée par deux fois à sa rencontre, à Gruyères (en Suisse, où se trouve son musée). Et ce tableau est par ailleurs aussi repris sur les bouteilles d’absinthe estampillées « HR Giger » de la marque Brevans.

