Dans les débuts de l’Antre de Bloodwitch, en 2005 (un autre temps, il faut le dire), je rédigeais régulièrement des billets d’humeur. Qu’il s’agisse de coup de cœur ou de coup de gueule, j’étais beaucoup moins dans le factuel et beaucoup plus dans l’affect qu’aujourd’hui. Ce qui fait que j’ai pondu, à plusieurs reprises, des articles qui parlaient de mes ressentis, sur plein de sujets très divers et variés. Et c’est quelque chose que je ne fais plus du tout. Pourtant, j’ai plein de choses à dire !
Le temps de l’automne
Aujourd’hui, je n’ai plus 20 ans mais le double (et c’est le cas de le dire, puisque c’est vrai). Et bien que l’atmosphère actuel ne donne pas du tout envie de se livrer sur ses affects, car c’est prendre le risque de se faire taxer d’extrémiste – que ce soit de gauche ou de droite -, j’avais envie d’écrire un peu sur mes ressentis, avec l’arrivée de cet automne 2025, qui est venu m’assommer d’un coup sans prévenir.
« Assommer », c’est bien le mot, puisque j’ai à peine vu passer cet été. Et il faut dire qu’il n’y a pas eu tant que ça de jours de chaleur, bien que le soleil se soit pointé beaucoup plus tôt que l’année dernière. Je me souviens bien, en 2024, nous n’avions monté la piscine (une tubulaire, on n’est pas des ultra-riches ici) qu’à la fin du mois de juillet, pour la démonter vers la mi-septembre. Cette année, elle a été installée un mois plus tôt, bien que démontée à la même période qu’en 2024. Et pourtant, je n’ai pas vu passer cet été.
Le temps d’Halloween
Les décorations de Noël ont (déjà) été installée sur la mairie-annexe près de chez moi. Nous ne sommes même pas encore à la fin septembre qu’on veut déjà nous faire croire que le Père Noël est sur le point de passer dans la cheminée (le poêle à bois, en ce qui me concerne). Et Halloween alors, qu’est-ce qu’on en fait ? C’est ma célébration favorite, même si elle se perd.
Et il faut dire que, de manière générale, la France n’a jamais vraiment été le bon pays pour cette célébration. Mais j’aime énormément ce symbolisme de se déguiser pour ne pas se faire repérer par les esprits maléfiques qui envahissent le monde des vivants durant cette nuit d’Halloween.
J’ai déjà fêté Halloween, une fois, il y a bien longtemps. Je devais avoir 13 ou 14 ans. Je m’étais déguisée en démon (j’ai toujours le masque, d’ailleurs), et j’avais fait le tour de ma ville dans laquelle j’avais grandi. Aux gens chez qui je sonnais et qui me demandaient pourquoi j’étais toute seule, je répondais que j’étais en compétition avec des copains, qu’on avait tous un quartier différent à visiter, et que c’était à celui qui ramenait le plus de bonbons à la fin qui remportait la compét’.
La vérité, c’est qu’il n’y avait pas de compétition, et il n’y avait pas de copains non plus. J’étais bel et bien toute seule. Mais dire cela m’a permis de ramener tout plein de bonbons cette nuit-là ! Je n’ai pas complètement tout perdu, au final. Même si avoir été toute seule ne m’a du coup pas donné l’envie de recommencer l’année suivante (car je n’avais pas davantage de copains).
J’ai presque toujours été seule, quand j’étais ado. Un peu par choix, il faut tout de même le dire, car je passais un temps incroyablement long à écrire dans ma chambre, tout en écoutant de la musique. Mais j’en souffrais beaucoup, malgré tout. Même lors de mes anniversaires (qui avaient le malheur de se trouver en plein milieu du mois d’août, quand tout le monde est à la mer ou à la montagne, ce qui n’aidait sans doute pas), il n’y avait jamais de copains.
Sauf une fois, une seule et unique fois. C’était pour mes 13 ans. J’ai demandé à faire venir celui que je considérais comme mon meilleur ami (il était en fait le seul), ainsi qu’une petite fille qui avait alors 6 ans et qui habitait à quelques mètres de chez moi, et une copine d’école qui est venue avec son petit frère).
Les années ont passé, je n’ai plus jamais fêté Halloween, et je n’ai plus jamais essayé de faire venir quelqu’un pour mes anniversaires. Pourtant, je suis parvenue à me faire des amis depuis. Notamment grâce à ce BBS dont il est question dans mon roman qui paraîtra dans deux mois. Des gens que je n’aurais jamais pu connaître autrement, ayant du mal à socialiser autrement qu’à travers un écran (sauf quand je connais déjà la personne).
Le temps de la civilisation
Je ne peux jamais les voir, car ils sont loin (mais il faut dire que c’est moi qui suis partie en premier, et ce n’était pas mon souhait, mais une sorte de sacrifice, dont je ne parlerai pas ici). J’ai eu la chance de recroiser l’un d’eux, le temps d’un après-midi en novembre 2024. Ainsi qu’une amie d’enfance, qui m’est chère et qui est loin aussi, et c’était deux mois plus tôt. Avant elle, il y en a eu deux autres, en même temps un beau jour d’août 2022, le temps d’une journée aussi.
Cela faisait alors de nombreuses années que je n’avais revu personne. Et pour les quatre, je n’ai pu retenir quelques larmes après la séparation, ne sachant pas combien de temps devrait encore passer avant la prochaine fois. Ça faisait 9 ans pour le premier, plus encore pour la deuxième, et 8 ans pour les deux dernières.
Et même si en retrouvant chacun d’entre eux, j’ai eu le sentiment qu’on s’était quitté la veille (ce qui est tout de même fabuleux au vu du nombre d’années), et que je sais très bien que la fois suivante ce sera certainement la même chose, ça n’a pas empêché la douleur de la séparation une fois celle-ci venue. Et je ne suis même pas sûre qu’eux-mêmes puissent comprendre à quel point elle est élevée.
Alors oui, j’aime mes moments de solitude, je les ai toujours aimés en fait, mais si vous saviez combien j’attends ce jour où je pourrai enfin retrouver ce que j’appelle ma civilisation. Ce que j’attends, c’est tout bête en fait, mais c’est ce jour où je pourrai de nouveau dire à ces gens que je souhaite tant revoir un petit « Tiens, ça te dit qu’on se prenne un café la semaine pro ? ». C’est si banal pour pratiquement tout le monde, mais moi, j’en crève de ne pas pouvoir.
J’aime ma solitude, mais j’aimerais aussi avoir ce choix de retrouver ma civilisation lorsque j’en ai besoin. Et Dieu sait (s’il existe) à quel point j’en ai besoin, là. Cet automne qui vient de débuter me fait prendre conscience qu’une autre année est en train de se terminer loin d’elle, et que c’est la 12ème. Si seulement il pouvait ne pas y en avoir une 13ème…
Le temps d’un concert
Pour l’instant, je me raccroche à un truc qui est sans doute terriblement dénué d’intérêt pour la majorité des gens : un concert, dont l’incroyable affiche réunit 3 de mes groupes préférés, qui aura lieu en janvier 2026. La musique a toujours fait partie de ma vie, et alors que je faisais en moyenne 5-6 concerts par an, je peux compter sur les doigts d’une main le nombre auquel j’ai pu aller depuis que je vis ici.
Et d’ailleurs, le dernier, c’était il y a 7 ans, en novembre 2018. Alors oui, j’attends ce concert de janvier 2026, et je crois que personne d’autre que moi ne peut imaginer à quel point (et c’est sans doute ça, le plus triste). Même si une fois le soir venu, je ne pourrai sûrement pas m’empêcher de penser à un moment ou à un autre de la soirée, au fait que je n’aurai aucun copain avec qui partager ça. Et que j’aurai l’espoir que le concert suivant se fera dans d’autres circonstances, bien meilleures, mais surtout ailleurs.
Le temps du changement
Le temps passe, et le comble, c’est bien que je ne le voie pas passer. Bientôt 13 ans, bientôt le tiers de ma vie, entre parenthèses. Toute cette eau qui a filé sous les ponts sans même que je m’en rende compte, et cette impression que la planète tourne sans moi depuis tout ce temps. C’est de réaliser ça qui fait le plus mal, en fait. Mes repères de toujours, quittés avant la trentaine, et qui me manquent comme jamais. J’étais loin de penser que ma crise de la quarantaine prendrait cette forme-là.
