Squid Game (2021-2025) : analyse, théories et les secrets cachés de la série

La poupée géante de "Squid Game" avec deux des gardes
La poupée géante de « Squid Game » avec deux des gardes

J’avais, comme tout le monde je crois, entendu parler de « Squid Game », cette série sud-coréenne proposée par Netflix, depuis 2021. Mais sans jamais avoir eu spécialement envie de la regarder. Non pas que je n’aime pas les productions coréennes, bien au contraire ! Pour ne citer qu’un seul exemple, « Dernier train pour Busan » (2016) est un film sud-coréen qu’il faut absolument voir au moins une fois dans sa vie ! Les Sud-Coréens ont une certaine façon de tourner et de jouer la comédie, qui n’appartient qu’à eux, et qui est absolument fantastique, à des lieues de ce que nous faisons en France !

Mais bref, revenons à nos moutons. J’avais donc « Squid Game » dans ma liste de films/séries à voir sur Netflix depuis très longtemps, mais je n’avais pas encore pris le temps nécessaire pour la visionner. J’avais toujours autre chose à voir avant. Je me suis finalement décidée à m’y lancer tout juste quelques jours avant la sortie de la troisième et dernière saison. Je fais partie des derniers à m’y être lancée, eh oui, et je ne me suis décidée que parce que je voulais voir la fin avant de me la faire spoiler. D’ailleurs, ne lisez pas la suite si vous n’avez pas terminé la série !

Je me suis très rapidement rendu compte que si je n’avais pas regardé « Squid Game », je serais en réalité passée à côté d’une véritable pépite ! « Pépite », je pèse sacrément ce mot, car très peu de séries m’ont donné ce sentiment jusqu’à aujourd’hui (malgré des défauts évidents sur lesquels je vais revenir plus loin). Et à présent que j’ai terminé le visionnage du dernier épisode de l’ultime saison de « Squid Game », je peux le dire : cette série rejoint mon podium personnel de mes séries préférées all time, auprès de « Buffy contre les Vampires » et « Breaking Bad« .

Mais qu’est-ce que « Squid Game » ? Il s’agit d’une série composée de 3 saisons, chacune comportant 9, 7 et 6 épisodes d’environ une heure chacun, pour un total de 22 épisodes en tout. C’est court. Aussi court qu’intense, en fait. Car oui, quand on s’embarque dans le visionnage de « Squid Game », il faut avoir les tripes bien accrochées, et pas seulement à cause de certaines scènes un peu sanguines que l’on peut y voir. Là, je veux surtout parler des tripes psychologiques, car il en faut des solides pour supporter le visionnage de ces 22 épisodes sans broncher.

Le concept de « Squid Game »

Le recruteur de "Squid Game" et un jeu de ddakji
Le recruteur de « Squid Game » et un jeu de ddakji

Le concept de la série « Squid Game » est très simple : on a un recruteur qui s’adresse dans le métro de Séoul (en Corée du Sud, bien sûr) à des gens qui, on va le comprendre au fil des épisodes, sont tous en proie à de grandes difficultés financières. Il leur propose de leur donner de l’argent en échange d’une partie de ddakji. Il s’agit d’un jeu traditionnel coréen, un test d’adresse plus précisément, qui consiste à poser au sol une feuille de papier pliée en carré d’une certaine façon, et à la retourner en jetant dessus une autre feuille de papier pliée de la même façon, depuis la main du joueur.

S’il y parvient, il gagne. C’est tout bête, ça fait penser aux pogs (pour les enfants des années 90 qui connaissent forcément ces petits ronds de carton sur lesquels il fallait jeter un kini pour les retourner, et de fait les remporter). À la différence que là, si le participant ne retourne pas le carré de papier, il prend une grande claque, une véritable humiliation publique en somme. Et le petit jeu continue jusqu’à ce que le participant parvienne à retourner le carré au sol. Il remporte donc la partie, et il lui est alors tendu une sur laquelle figurent 3 formes géométriques : un rond, un triangle et un carré.

Au dos de cette carte, un n° de téléphone qui, lorsqu’on le compose, propose une invitation pour rejoindre une série de jeux. Le ddakji n’est en réalité que le jeu introductif à toute une série de jeux d’enfants du même style, au nombre de 6. À la clé pour celui qui remporte l’ensemble de ces jeux : un très gros jackpot de 45,6 milliards de wons, ce qui correspond à quelque chose comme 30,5 millions d’euro. Toute la série « Squid Game » repose précisément sur des jeux d’enfant, des jeux que l’on ne connaît pas forcément en Europe, mais qui sont tous de grands classiques en Corée du Sud.

Mais alors que l’on pourrait s’attendre à ce qu’il s’agisse d’une série assez enfantine, en réalité on fait complètement fausse route, puisqu’au-delà des images qui ne sont clairement pas faites pour les enfants, elle interpelle avant tout notre capacité de réflexion et d’empathie en tant qu’adultes. En effet, « Squid Game » fait avant tout réfléchir sur une question fondamentale qui est : quelle est la valeur d’une vie humaine ? Et la réponse à cette question est très loin d’être évidente à formuler.

La première saison de « Squid Game »

Le début de « Squid Game » ne paye pas de mine. J’avais pensé exactement la même chose du début de « Breaking Bad », je me demandais même s’il valait la peine que je continue de regarder une fois arrivée à la fin du premier épisode, et quand j’ai vu la claque magistrale que j’ai pris ensuite, je n’ai absolument pas regretté d’avoir continué le visionnage. J’ai même revu la série plusieurs fois depuis. Pour « Squid Game », je me suis donc dit qu’il valait mieux avancer avant de commencer à me faire un véritable avis.

On suit donc tout particulièrement le cheminement d’un certain Seong Gi-hun, qui deviendra le 456ème et dernier joueur sélectionné pour cette fameuse série de jeux dont je parlais plus haut, et qui permettra au gagnant de rembourser toutes ses dettes, et peut-être même de se faire une place au soleil ensuite. En ce qui concerne Gi-hun, il va surtout y participer pour payer les frais médicaux de sa maman, gravement malade. Mais ce que les participants vont comprendre très rapidement après avoir intégré cette série de jeux, c’est que chacune de leur vie représente 100 millions sur les 45,6 milliards de wons promis.

Ainsi, chaque victime que les différents jeux vont causer, va ajouter cette somme au total contenu dans l’énorme cochon (qui fait office de tirelire) qui est suspendu au-dessus de la tête des participants, dans cette grande salle dans laquelle ils sont supposés dormir chaque nuit. Je dis bien « supposés », car il s’en passe des choses, dans ce dortoir, une fois les lumières éteintes… et parfois même quand elles ne le sont pas.

L’organisation des jeux en eux-mêmes est d’une simplicité tout aussi enfantine que les jeux en eux-mêmes : chaque jour a son jeu. Ainsi, le premier jour, les 456 participants jouent à « Un, deux, trois, soleil », un jeu d’enfant ultra-connu même en Europe. Pour l’occasion, il est dirigé par une poupée géante mécanique, dont les yeux comportent des détecteurs de mouvement. Et c’est là que les participants comprendront que lorsqu’il s’agit de remporter l’ensemble des jeux de la série, il s’agit en réalité d’y survivre, car quiconque sera repéré par les détecteurs situés dans les yeux de la poupée géante, il va passer de vie à trépas. Un concept tout aussi enfantin que le jeu lui-même, mais ô combien cruel…

Le spectateur va lui aussi comprendre à ce moment-là ce qui fait la particularité des jeux de « Squid Game » : l’être humain ne vaut rien de plus qu’une somme d’argent. Et du coup, vient la grande question que cette série nous force à se poser : quelle est la valeur d’une vie humaine ? Et on peut aller plus loin encore : jusqu’à quel point est-il possible de préserver ses propres principes face à de l’argent ? D’autant plus quand on parle d’argent dont on a vraiment besoin ?

Car, n’oublions pas que chacun des participants est criblé de dettes, et quand bien même ils choisiront de quitter les lieux à l’issue du premier jeu (en effet, dans les règles, il leur est permis de quitter les jeux si la majorité vote pour, et ils le feront), ils y reviendront pourtant presque tous quand l’organisation leur renverra une invitation un peu plus tard. Et il est très facile de les comprendre : leur vie est tellement misérable qu’ils n’ont en réalité plus rien à perdre à y retourner, même Gi-hun.

Surtout Gi-hun, d’ailleurs, qui a besoin de cet argent non seulement pour payer ses dettes, mais aussi pour soigner sa maman, gravement malade. Alors on les retrouvera pratiquement tous pour le second jeu, à la seule différence que cette fois, ils savent parfaitement ce qu’ils risquent : leur vie, tout simplement. Aussi simplement que le jeu qui les attend, et pour lequel quelques alliances commencent à se former, nous permettant d’apprendre à connaître un peu certains des participants.

Gi-hun et sa galette pour le dalgona
Gi-hun et sa galette pour le dalgona

Quant au jeu dont il est question, il s’agit du dalgona. Le principe est encore une fois très simple : chaque participant dispose d’une petite boîte ronde dans laquelle se trouve galette de sucre. Au milieu de chacune de ces galettes, une forme a été gravée entre un triangle, un cercle, un carré ou un parapluie. Le but est d’utiliser la petite aiguille qui a été glissée dans chacune des boîtes afin de découper la forme gravée dans la galette, sans briser cette forme.

Le principe a beau être enfantin encore une fois, la présence d’un chronomètre va bien évidemment engendrer de nouvelles victimes, et augmenter par la même occasion la somme contenue dans le cochon géant dans le dortoir des participants. Et ce cochon va se remplir au gré des morts qui vont faire chuter le compteur des participants restant en lisse, après le jeu du tir à la corde, le jeu de billes gganbu, et enfin la passerelle en panneaux de verre.

Tout au long de ces différents jeux, les alliances vont se faire et se défaire, les trahisons et autres déconvenues vont se multiplier, il va se passer tout un tas de choses qui nous entraînent en tant que spectateur/trice dans un tourbillon d’émotions toutes plus variées les unes que les autres, jusqu’à ce que l’on arrive à son jeu final, avec le jeu du calamar (du nom de la série), où Gi-hun se retrouve face à son ami d’enfance, Cho Sang-woo (le n°218), qui va se sacrifier pour lui permettre de rentrer et de faire soigner sa maman.

Gi-hun est donc le dernier survivant à la fin de cette première saison, et il rentre chez lui avec les 45,6 millions de wons qui étaient promis au gagnant de cette série de jeux à laquelle il a survécu. Mais il se refusera d’y toucher, conscience que cette somme représente la mort de 455 personnes. D’autant plus parce qu’en rentrant chez lui, c’est une maman sans vie qu’il retrouvera. Alors il ne touchera à son pactole que pour venir en aide au fils de l’une des participantes des jeux, le fils de Kang Sae-byok (le n°067), une joueuse au mental visiblement d’acier, mais qui cache en réalité une histoire aussi sombre que triste.

Un an plus tard, Gi-hun reçoit une invitation de la part d’un participant des jeux qu’il croyait mort comme les autres : le n°001, Oh Il-nam, qui s’avère être le créateur des jeux. De cette première saison de « Squid Game », on retiendra surtout Gi-hun. Sae-byeok (le n°067) reste gravée, elle aussi. Mais ce n’est pas la seule. Comment ne pas détester Jang Deok-su (le n°101) ? Ne pas être ébranlé par Ali Abdul (le N°199) ? Et puis que penser de Oh Il-nam (le n°001) ? En effet, cette première saison de « Squid Game » a déjà vraiment tout pour marquer le spectateur. La série aurait même tout à fait pu s’arrêter à la fin de cette saison-là que cela aurait été parfait, finalement.

Les saisons 2 et 3 de « Squid Game »

Cela dit, il restait bien des questions sans réponses une fois le dernier épisode terminé, et quand bien même la première saison aurait tout à fait pu suffire, une seconde puis une troisième et ultime saison ont été commandées, pour répondre à certaines de ces interrogations que l’on a en fin de saison 1. Et alors que je m’attendais à ce que la série ne parvienne pas à m’émouvoir autant qu’avec cette première saison, et que la saison 2 m’en donnait la confirmation (car, disons ce qui est, elle est tout de même assez moyenne), la saison 3 m’a flanqué des coups plus puissants encore que la première saison, surtout les épisodes 2 et 3.

La barre était pourtant placée très haute. Ainsi, plusieurs des participants de la seconde salve de jeux resteront gravés longtemps dans ma mémoire, pour ce qu’ils sont, ce qu’ils représentent, certaines de leurs actions ou de leurs paroles. « Squid Game », dans son ensemble, apporte ce petit truc que très peu de séries parviennent à apporter : l’empathie la plus sincère qui soit.

Même envers certains des visages les moins agréables au premier abord, comme Hwang In-ho (le n°001 des saisons 2 et 3), le Maître du jeu, dont on comprend au fil des épisodes qu’il est passé par les mêmes épreuves que Gi-hun mais qui, contrairement à lui, a fini par perdre son sens des valeurs humaines. C’est ce moment où il se rend compte que Gi-hun n’utilisera finalement pas le couteau qu’il lui confie, que je trouve In-ho particulièrement intéressant, touchant même.

Et c’est d’ailleurs peut-être bien parce qu’il comprend à ce moment-là que Gi-hun est finalement plus fort que lui, qu’il réalise ce qu’il aurait très certainement fait s’il s’était tiré vivant de cette aventure : apporter de l’argent à sa fille Ga-yeong, confier le bébé de Kim Jun-hee (le n°222) à quelqu’un qui saurait en prendre soin (et il choisit du coup son propre frère, Hwang Jun-ho, l’enquêteur qui le recherche depuis la première saison). Tout comme Gi-hun a lui-même procédé avec le petit frère de Sae-byeok (le n°067), Kang Cheol, à la fin de la première saison.

Et pourtant, le Maître du jeu n’est pas un personnage que l’on est censé apprécier. Car, après tout, c’est bien lui qui prend la suite de Oh Il-Nam (le n°001 de la première saison), c’est lui qui est à la tête de l’organisation de la seconde salve de jeux, qui causera la mort de certains personnages qui nous feront très mal et dont j’ai parlé un peu plus haut, comme celle de Jun-hee (le n°222), mais aussi celle de Cho Hyun-ju (le n°120) et de Jang Geum-ja (le n°149).

Étant le Maître du jeu, In-ho a donc le pouvoir de tout faire arrêter, or non seulement il ne le fait pas, mais en plus il ne réagit absolument pas quand il constate la présence d’une recruteuse à Los Angeles, quand il y vient pour apporter le paquet à la fille de Gi-hun. On en vient forcément à se demander s’il souhaite que les jeux s’arrêtent ou qu’ils continuent. Pourtant, le fait qu’il offre la tenue de Gi-hun à sa fille sans même l’avoir fait nettoyer avant, semble vouloir indiquer qu’il veut que Ga-Yeong sache l’existence de ces jeux.

Cela peut ainsi avoir pour effet de donner à Ga-Yeong l’idée d’essayer de les faire arrêter, tout comme son père a voulu le faire lui-même. Souvenons-nous que c’est bien pour cette raison qu’il y retourne, et aucune autre ! Il aurait pu tout bêtement prendre son avion pour Los Angeles à la fin de la première saison, et retrouver sa fille avec tout l’argent qui lui restait (et il lui en restait beaucoup, puisqu’il n’en avait donné qu’une partie pour le petit frère de Sae-byeok). C’est son souhait de faire arrêter les massacres qui l’a fait retourner dans les jeux, rien d’autre.

Les portes ouvertes par la fin de la série

Sauf que voilà, non seulement il n’en reviendra pas, mais en plus on découvre que même si l’île où se déroule les jeux en Corée du Sud est détruite, ils reprennent de l’autre côté de l’Atlantique avec la présence de cette recruteuse que In-ho repère dans la rue depuis sa voiture, après être allé chez Ga-Yeong, la fille de Gi-hun. Du coup, la fin de la troisième saison ouvre énormément de portes quand on y réfléchit un peu.

Lorsque Ga-Yeong reçoit la tenue de son père encore tâchée de sang, elle doit logiquement comprendre qu’il s’est passé quelque chose de grave, et elle pourrait vouloir en savoir davantage. Ensuite, la présence d’une recruteuse sur le sol américain (Américaine elle-même de surcroît) indique clairement que les jeux se sont exportés aux États-Unis, ouvrant la voie à une possible nouvelle salve de ceux-ci.

Le fait que In-ho soit toujours en vie, peut ouvrir la porte à une suite de son histoire personnelle, qui pourrait par ailleurs nous expliquer à coups de flashbacks pourquoi il a décidé de prendre les commandes de ces jeux sur le sol sud-coréen, alors qu’il y a lui-même participé, et qu’il a même dû renoncer à ses principes moraux pour assurer sa propre survie (la scène où il confie un couteau à Gi-hun, en lui demandant d’éliminer les participants qui restent, fait écho à ce qu’il a lui-même dû faire pour assurer sa propre survie, et ainsi, gagner la série de jeux à laquelle il a lui-même participé).

Et puis, n’oublions pas que le bébé de Jun-hee n’est pas le seul survivant des jeux. En effet, souvenons-nous que la garde Kang No-heul est finalement parvenue à sauver Park Gyeong-seok (le n°246), le papa de la petite fille du parc d’attractions, qui est atteinte d’un cancer au début de la seconde saison. Là aussi, il y a lieu de voir une porte ouverte pour une suite.

Tout comme l’histoire n’est pas terminée non plus en ce qui concerne Jun-ho, l’enquêteur. Cette enquête est par ailleurs ce qui représente pour moi l’aspect un peu décevant de « Squid Game ». Elle est tellement mise en arrière-plan que du coup, on n’a jamais le fin mot de cette histoire. Les regards des frères Jun-ho et In-ho se croiseront seulement à deux reprises tout au long des 22 épisodes que compte la série, et pourtant, on n’aura jamais le moindre début de réponse à cette question que le premier pose au second : pourquoi ?

Et justement, plutôt que de souhaiter une suite à « Squid Game » (qui émousserait davantage encore cette dénonciation du capitalisme qui a déjà été éborgnée par l’annonce d’une suite à la première saison), j’opterais plutôt pour un préquel. Un préquel qui expliquerait tout le cheminement de Il-nam (le n°001 de la première saison) jusqu’à ce qu’il créé ces jeux, mais aussi ce qui fait que le Maître des jeux, In-ho, est devenu tel qu’on le voit.

Mais aussi, un préquel qui raconterait l’histoire du recruteur, si magistralement campé par un Gong Yoo effrayant du début à la fin de sa prestation. Et également, quelle est la trame complète derrière ce trafic d’organes qui reste beaucoup trop secondaire alors qu’on nous fait bien comprendre que son enjeu est grand. De mon avis qui n’engage que moi, « Squid Game » n’aurait pas besoin d’une suite, mais d’un préquel. Il en aurait, des choses à nous montrer !

Quoi qu’il en soit, à moins d’avoir un cœur de pierre, on se retrouve forcément envahi à travers chacun des 22 épisodes d’une multitude de sentiments très divers et variés. On passe de la joie à la colère, de la surprise à la plus profonde des tristesses. Le spectateur n’est absolument pas épargné, du début jusqu’à la fin, tout comme les participants des jeux. Mais surtout, c’est sur notre capacité d’empathie que cette série joue. Elle est dure à regarder. Vraiment. Et elle marque. Beaucoup. « Squid Game » est une tempête émotionnelle, de son premier à son dernier épisode.

Des indices égrenés tout au long de la série

Et ce qui est absolument fascinant surtout, c’est que sans même que l’on s’en rende véritablement compte, la façon dont certains des participants meurent dans la première saison nous est présentée bien avant qu’ils n’y passent, preuve que rien n’est laissé au hasard (et nous permettant du coup de nous poser vraiment des questions quant à tout ce qui est laissé en suspens). Voyez un peu :

Ali est tué par les gardes parce qu’il se retrouve sans bille à la fin du jeu de billes, celles qu’il possédait lui sont volées par Sang-woo. Or, avant d’entrer dans les jeux, Ali avait volé de l’argent à son patron. Sang-woo meurt en se sacrifiant afin de permettre à Gi-hun d’être le gagnant des jeux. Avant d’entrer dans les jeux, Sang-woo avait tenté de se suicider.

Même la mort de Deok-su ainsi que celle de Sae-byeok sont montrées avant qu’elles n’aient lieu dans les jeux : le premier saute d’un pont au début de la saison, et il meurt en tombant dans le vide ; quant à la seconde, elle menace quelqu’un en lui mettant un couteau sous la gorge en début de saison, et sera mortellement blessée au même endroit. Et peut-on parler de la mort de la mère de Gi-hun ? Ne vous êtes-vous pas dit qu’il condamnait sa mère au moment où il jure sur sa vie ? Parce que moi, c’est le pari que j’ai fait.

Et ce n’est pas la seule chose que l’on pouvait deviner à l’avance : que dire de l’absence totale de surprise de la part de Il-nam quand il voit tomber les premiers participants lors du premier jeu, si ce n’est qu’il savait déjà ce qui allait se passer ? Mais aussi, si on regarde les murs du dortoir au fur et à mesure que les lits sont retirés après la mort des participants, on constate peu à peu que les jeux y sont tous représentés. On peut commencer à voir clairement ces dessins dès l’épisode 5, et il est étonnant que Sang-woo, malgré sa perspicacité, ne les ai pas remarqués.

Autre chose qui fait lever un sourcil si l’on y prête attention : lorsque Gi-hun et In-ho font connaissance dans la seconde saison, ce dernier lui confie qu’il a perdu sa femme à cause d’une maladie, qu’il a été licencié pour corruption et qu’il a rejoint les jeux afin de survivre à cette situation compliquée. Le discours de In-ho ne devrait pas surprendre si on a fait attention à ce que racontait son frère, l’enquêteur Jun-ho, dans la saison précédente. Car tout coïncide.

De même, il y a bien autre chose qui pourrait peut-être répondre à une question qui reste en suspens : la nature du lien entre Il-nam et In-ho. Le premier est le créateur des jeux tandis que le second en est le Maître. Dans la première saison, Gi-hun dit à un garde qu’il digère mal les produits laitiers, Il-nam l’entend et lui dit qu’il en est de même pour lui, et que son fils aussi. Dans la saison 2, In-ho offre sa briquette de lait à Jun-hee en lui disant qu’il est intolérant au lactose. Pourrait-il être ce fils dont Il-nam parlait en saison 1 ? Rien ne peut le confirmer, mais cela expliquerait pourquoi In-ho est le Maître des jeux.

Cela dit, il y a aussi quelques détails que j’ai vus comme des erreurs, qui mériteraient réflexion : à la fin du dalgona dans la saison 1, un garde dit au Maître du jeu que sur 200 joueurs, 187 ont survécu. Or, ils étaient 201. On est en droit de se demander si Il-nam n’est pas mis de côté exprès, du fait de son statut de créateur des jeux. Et puis, c’est In-ho qui ferme les yeux de Il-nam après sa mort. Pourquoi ?

Il y a aussi un indice qui nous est donné et qui, si on y réfléchit, nous fait prendre conscience que tous les joueurs auraient pu survivre au jeu des billes. En effet, la règle stipule simplement qu’il faut s’emparer des 10 billes de son adversaire sans violence, en trente minutes maximum. Sachant que chaque duo était supervisé par au moins un garde, ils étaient en toute logique tous surveillés. Ils pouvaient donc tout à faire échanger leurs billes avec leur adversaire, et prendre les gardes à témoin qu’ils s’étaient bien emparés des 10 billes de leur adversaire. Car rien ne leur interdisait de donner les leurs. Ainsi, la règle aurait été complètement respectée, et ils auraient tous gagné.

Plus fort encore, la somme que Gi-hun remporte en pariant au tout début de la saison 1 sur un des chevaux de la course à laquelle on assiste, elle reflète non seulement son n° de joueur, mais aussi la somme qui est à remporter à l’issue des jeux : 4,560,000 de wons. On peut très légitimement se demander s’il faut voir là un écho au fait que les VIP parient sur les participants comme on parierait sur des chevaux de course (de l’aveu de Il-nam lui-même, c’est ce qu’ils font).

Mais la chose la plus incroyable, c’est que les résultats de cette course de chevaux sont tout aussi intéressants que la somme remportée par Gi-hun. En effet, ils donnent le podium des jeux dans le dernier épisode de ladite saison. Voyez donc : le premier cheval à franchir la ligne d’arrivée est le 6, Gi-hun remporte les jeux et porte le n°456. Le second cheval à franchir la ligne est le 8, et Sang-woo qui se sacrifie pour permettre à Gi-hun de gagner les jeux porte le n°218. Enfin, le troisième cheval qui vient compléter le trio gagnant est le 7, et la troisième finaliste des jeux, Sae-byeok, porte le n°067.

Il est évident que ce n’est pas un hasard. Ainsi, ce gimmick lancinant qui nous reste en tête à la fin de la série et qui est prononcée par Gi-hun, lorsqu’il dit « Nous ne sommes pas des chevaux », elle prend une tout autre tournure une fois que l’on a pris conscience de ça. Et à ce stade, on ne peut que reconnaître que l’on frôle véritablement le génie absolu.

Lee Jung-jae (Gi-hun, le n°456)

Gi-hun dans "Squid Game" saison 1, puis saison 2
Gi-hun dans « Squid Game » saison 1, puis saison 2

Ce que je retiendrai tout particulièrement de « Squid Game », c’est l’acting exceptionnel de Lee Jung-jae, l’interprète de Gi-hun, qui a fait tout son possible pour que l’évolution de son personnage soit percutante à souhait. Il est parvenu en fin de série à nous faire complètement oublié le Gi-hun innocent, naïf et sans aucun intérêt que nous avions connu au début, et on est même surpris quand on revient sur le tout premier épisode après avoir fini le dernier, de voir l’énorme différence dans son regard et ses gestes. On a l’impression d’avoir deux comédiens différents, tant l’évolution est folle entre sa première et sa dernière apparition dans la série.

Certes, il a perdu une dizaine de kilos entre le début et la fin de la série, notamment pour montrer explicitement la souffrance de plus en plus grande de son personnage, mais il n’y a pas que cela qui change à l’écran. C’est l’ensemble de ce qu’est Gi-hun qui s’est fondamentalement transformé au fil des épreuves vécues, et cette sensation poignante de voir un homme évoluer vers cette douleur psychologique de plus en plus forte, un homme que l’on voit mûrir avant de le voir brisé de manière magistrale tout en parvenant malgré tout à préserver son incorruptibilité, on la doit à l’incroyable talent d’interprétation de Lee Jung-jae.

Bien que sa carrière cinématographique ait commencé il y a plus de 30 ans (il a 52 ans au moment où j’écris cet article), Lee Jung-jae ne s’est fait connaître dans le monde qu’avec la première saison de « Squid Game », qui a été un succès énorme (il s’agit de la première série sud-coréenne à s’être imposée dans le top 10 de Netflix, et il s’agit du meilleur démarrage toutes séries confondues de la plateforme). Et sa performance exceptionnelle dans « Squid Game » donne clairement envie de se pencher sur le reste de sa filmographie.

Lee Byung-hun (In-ho, le n°001 des saisons 2 et 3)

In-ho dans "Squid Game" saison 1
In-ho dans « Squid Game » saison 1

De même, je ne peux mettre de côté Lee Byung-hun, l’interprète de Hwang In-ho (le n°001 des saisons 2 et 3). Contrairement à Lee Jung-jae, Lee Byung-hun s’est déjà fait un nom aux États-Unis avant « Squid Game ». En effet, il est apparu notamment dans « G.I. Joe : Le Réveil du Cobra » en 2009 puis « G.I. Joe : Conspiration » en 2013, mais aussi dans « Red 2 » la même année et « Les Sept Mercenaires » en 2016. Il s’agit de l’une des célébrités sud-coréennes les plus influentes selon le magazine Forbes en 2010. Il a remporté un grand nombre de récompenses pour ses rôles dans divers films et séries. Il a vraiment une belle carrière en somme.

Son interprétation de In-ho se caractérise surtout par ce sentiment d’incompréhension qui nous traverse à chaque fois qu’on le voit à l’écran. Il y arbore toujours ce regard qui semble vouloir rester neutre, mais qui reflète en réalité une profonde mélancolie. Ce n’est qu’au moment où In-ho propose à Gi-hun de s’armer d’un couteau pour éliminer les autres participants encore en lisse, qui en ont clairement après lui, que l’on commence à comprendre le pourquoi de ce regard si particulier qu’il a.

L’histoire de In-ho est particulièrement chargée, on le comprend à ce moment-là, et en un sens il est même dommage que nous ne disposions à la fin de la saison 3 que de très peu d’éléments de celle-ci. Jusqu’à la dernière seconde du dernier épisode de « Squid Game », on ne sait que penser de ce personnage si singulier, et ce sentiment de ne jamais parvenir à saisir sa nature profonde, on la doit à l’excellente interprétation de Lee Byung-hun. Même si on termine « Squid Game » avec une énorme frustration qui est précisément due au silence de son personnage, l’absence de réponse à cette question : pourquoi ?

Et quelques autres…

Certains des acteurs de la série « Squid Game » ont une carrière musicale, et je trouvais intéressant d’en parler un peu, puisque nous sommes sur une série sud-coréenne, et que la K-pop qui vient de là-bas rencontre un certain succès dans le monde.

Ainsi, derrière Park Yong-sik (le n°007), nous avons Yang Dong-geun, plus connu sous le nom YDG, et il a sorti plusieurs albums en plus d’avoir joué dans plusieurs comédies musicales. Il est tout autant reconnu en tant que rappeur, chanteur et compositeur, et ce depuis 2001.

Derrière Jun-hee (le n°222) se cache Jo Yu-ri qui a participé à l’émission sud-coréenne « Idol School » en 2017 avant de rejoindre le groupe IZ*ONE en tant que vocaliste principale jusqu’à la séparation de ses membres en 2021, à la suite de quoi elle s’est lancée en solo.

Derrière Thanos (le n°230), il y a Choi Seung-hyun, plus connu sous le pseudonyme T.O.P, un des membres principaux du célèbre groupe Big Bang de sa création en 2006 jusqu’en 2023. Ce groupe est notamment devenu le 3ème groupe le mieux payé dans le monde après One Direction et les Backstreet Boys, et le premier groupe de K-pop à comptabiliser 7 millions d’abonnés sur YouTube.

le joueur n°333, Lee Myung Gi, est interprété par Yim Si-wan, qui faisait partie du groupe ZE:A depuis sa formation en 2010.

Enfin, Park Sung-hoon (Cho Huyn-ju, le n°120), Kang Ha-neul (Kang Dae-ho, le n°388) et Wi Ha-joon (Jun-ho, le policier et frère de In-ho) se sont également essayé à la musique, eux aussi.

Conclusion

Si je devais exprimer un grand regret quant à « Squid Game », hormis le fait de ne pas avoir de réponses à certaines grandes questions que j’ai évoquées plus haut, ce serait surtout la façon dont a été construite la seconde saison. Certes, il n’était pas évident du tout de maintenir le niveau de qualité de la première, qui a mis la barre vraiment très haut. Mais ce n’est pas de cet aspect-là que je veux parler, car il était évident que le soufflet de la surprise allait retomber en faisant une suite à cette première saison.

Ce que je regrette de la saison 2 surtout, c’est qu’elle n’a pas de véritable fin, elle donne le sentiment que les saisons 2 et 3 ne sont finalement qu’une saison 2 coupée en deux parties, et cela a malheureusement pour effet de donner l’impression d’une certaine longueur en ce qui concerne plusieurs éléments de ces deux saisons. Des éléments qui n’apportent finalement pas grand-chose à la trame, en plus. Comme je le disais plus haut, l’enquête de Jun-ho, qui est censé être l’élément central de cette seconde saison, n’aboutit finalement pas.

Mais il n’y a pas que cela ! L’autre élément qui traîne énormément en longueur dans cette seconde saison, c’est le trafic d’organes, qui revient malgré la mort du chirurgien de la première saison, et qui nous fait donc comprendre qu’il y a un véritable enjeu derrière. Et pourtant, on n’a jamais le fin mot de ça, on n’apprend à aucun moment pourquoi il a lieu, ni à qui il profite. C’est vraiment dommage de tout faire pour nous faire comprendre que c’est un aspect si important de ce qui se trame sur l’île, pour n’avoir aucune réponse à la fin.

Pourquoi la seconde saison passe-t-elle tant de temps à nous faire miroiter des réponses sur ces deux trames, si c’est pour ne jamais en donner ne serait-ce qu’un début ? Surtout que pendant que l’on perd un temps fou sur ces deux trames, on ne dispose du coup que de deux nouveaux jeux durant cette saison : le pentathlon à six jambes (quand bien même il contient 5 petits jeux, il n’en représente qu’un) et le petit manège. La roulette russe et le pierre-feuille-ciseaux ne comptent pas dans les épreuves que les candidats doivent relever (par contre, les scènes qui les contiennent sont vraiment bien pensées, il faut le dire !).

Heureusement que la troisième saison rattrape la mollesse de la seconde. On regrettera juste le fait que l’arrêt du trafic, causé par l’élimination du personnel qui s’y adonne par No-eul, n’actionne strictement aucune conséquence. Autrement, la saison 3 brille notamment par les nouveaux jeux qu’elle nous présente : le cache-cache et sa cruauté infinie, le saut à la corde et une version remaniée du jeu du calamar, à la verticale, qui est une bonne surprise malgré ce qu’il s’y passe.

Cela dit, je n’aurais pas voulu que Gi-hun survive à cet ultime jeu. « Squid Game » n’est pas une série qui devait être vouée à un happy end, il fallait que la scène finale de son héros devenu anti-héros soit aussi dramatique que tous les jeux qui nous ont été présentés tout au long des 22 épisodes.

Ce qui me fait conclure sur le sentiment général que « Squid Game » m’aura laissé : cette série m’a mise à terre à plusieurs reprises, pour son final, mais aussi pour certaines de ses morts que j’ai trouvées particulièrement dures à subir (oui, je les ai subies, je le dis ainsi parce que c’est vrai), pour l’acting exceptionnel de certains de ses comédiens, et pour la façon qu’elle a de dénoncer cette nature humaine détestable qui se cache en beaucoup (trop) d’entre nous.

De toutes les séries que j’ai pu voir (et il y en a eu un paquet !), aucune ne m’a fait autant réfléchir que « Squid Game ». Pour tout dire, elle me fait même encore cogiter à l’heure actuelle. Je ne sais absolument pas comment j’aurais tenté de gérer les choses si je m’étais retrouvée dans ces jeux moi-même. Et je n’ai pas non plus trouvé de réponse à ce qui me semble être la grande question que cette série nous pose : quelle est la valeur d’une vie humaine ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *