« Brisby et le Secret de NIMH » (1982), une production à découvrir

"Brisby et le Secret de NIMH"
« Brisby et le Secret de NIMH »

« Brisby et le Secret de NIMH » est un dessin animé qui a beaucoup marqué mon enfance. C’est mon papa qui avait eu la bonne idée de profiter de sa diffusion à la télé pour l’enregistrer sur VHS, ce qui m’a permis de le voir et le revoir des dizaines de fois (eh oui, je suis une enfant des années 80, alors j’ai bien connu les magnétoscopes, et on enregistrait les programmes qui passaient à la télé).

Ce dessin animé a été diffusé quatre fois dans le courant du mois de février 1992 sur Canal+, et deux fois en mars de la même année. C’est à l’occasion de l’une de ces diffusions que mon papa l’a enregistré. Je l’ai donc découvert avant l’âge requis, qui était 8 ans, puisque je n’avais pas encore 7 ans.

Il faut savoir que le voir à la télé relèverait du miracle, puisqu’il n’a été diffusé qu’une seule fois après cette première salve, et c’était en décembre 2003, toujours sur Canal+. Autrement, il a bénéficié d’une unique diffusion sur Canal J en octobre 1993, et c’est tout. Du fait du très jeune âge que j’avais lors de sa découverte, ce dessin animé m’a beaucoup marquée.

Car, même à l’âge de 8 ans, je ne le montrerais pas à mes enfants. Il faut savoir, et c’est important car c’est ce qui explique pourquoi ce n’est pas un Disney alors qu’il aurait dû en faire partie, que le concept de « Brisby et le Secret de NIMH » a été refusé par les studios Disney, car ils l’ont jugé trop sombre.

L’idée d’adapter ce roman de Robert C. O’Brien (sous le titre « Madame Brisby et les Rats de NIMH« ) vient de Don Bluth, un des animateurs de ces studios, et c’est justement ce refus qui le poussa à quitter Disney et à fonder sa propre société de production. Ce refus permit donc à un nouveau studio de voir le jour, supprimant ainsi pour Disney le monopole des films d’animation, qu’ils étaient les seuls à concevoir depuis 1923. « Brisby et le Secret de NIMH » n’est donc pas qu’un simple dessin animé, il y a toute une histoire autour qu’il est intéressant de connaître !

Le parcours de Don Bluth, le papa de l’adaptation de « Brisby et le Secret de NIMH »

Parlons tout d’abord de la base : Don Bluth. Il découvrit les studios Disney à l’âge de 6 ans, avec la sortie de « Blanche-Neige et les sept nains » en 1937. Dès l’âge de 18 ans, il se présenta aux studios, où il fut embauché et put travailler sur « La Belle au bois dormant » en tant qu’intervalliste (autrement dit, il travaillait sur les dessins des différentes attitudes des personnages, notamment pour ajouter ceux qui manquent pour la fluidité du geste).

Il devint ensuite assistant animateur sur « Merlin l’enchanteur » (1963) avant de faire une pause dans l’animation, afin de participer à une mission de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours en Argentine. Cette information semble dénuée de toute importance dans son parcours professionnel, mais quand on regarde attentivement l’imagerie de « Brisby et le Secret de Nimh », on ne peut que constater l’influence de cette mission sur l’œuvre finale.

Lorsque Don Bluth revint de sa mission, et se remit à travailler au sein des studio Disney en 1968, Disney était alors dans une période creuse, car le créateur Walter Elias Disney n’est plus depuis 2 ans. Don Bluth travailla en tant qu’animateur sur quatre productions Disney après son retour de mission en Argentine, de « Robin des Bois » (1973) à « Les Aventures de Winnie l’Ourson » (1977), en passant par « Les Aventures de Bernard et Bianca » (1977) et « Peter et Elliott le Dragon » (1977).

En parallèle, il travailla aussi sur deux courts-métrages indépendant dès 1973, à savoir « Le Petit Âne de Bethléem » et « Banjo, le Chat Malicieux », qui sortirent respectivement en 1978 et 1979. Pour ces deux courts-métrages, il fut épaulé par deux autres animateurs de ces mêmes studios Disney, Gary Goldman et John Pomeroy. « Banjo, le Chat Malicieux » fut salué par la critique, ce qui poussa Don Bluth à quitter les studios Disney afin de fonder sa propre société de production.

« Don Bluth Productions » naquit donc le 13 septembre 1979. Don Bluth débaucha pas moins de sept des animateurs des studios Disney pour s’entourer dans ce projet, ce qui retarda d’une année entière la sortie du prochain Disney à venir, « Rox et Rouky », qui vit finalement le jour en 1981. Je profite de l’occasion d’évoquer ce Disney en particulier pour soulever la question de la légitimité du refus par les studios Disney de « Brisby et le Secret de NIMH ».

Je rappelle que la raison de ce refus est que le récit de ce dessin animé est trop sombre pour les enfants. Mais peut-on parler du traumatisme que représente « Rox et Rouky » ? Non parce que, je ne sais pas pour vous, mais pour moi, il fut grand !

Le récit de « Brisby et le Secret de NIMH »

Revenons à nos moutons, et découvrons ensemble le récit de « Brisby et le Secret de NIMH ». Attention, tout ce qui suit spoile entièrement le dessin animé ! Si vous voulez découvrir l’histoire par vous-même, regardez le dessin animé avant de lire la suite ! Ce dessin animé suit donc l’histoire d’une famille de souris des champs dont le paternel, Jonathan, vient de mourir (on avait dit que c’était sombre, et on ne va pas nier l’évidence, ça l’est).

Sa veuve, dont on ne connaîtra jamais le prénom puisque tout le monde l’appelle « Madame Brisby », se retrouve donc seule à s’occuper de leurs quatre petits souriceaux : Teresa, Martin, Cynthia et le petit dernier, Timothée, à la santé fragile.

Ils sont installés dans un parpaing, en plein milieu d’un champ possédé par les Fitzgibbons, un couple de fermiers qui possède un horrible chat nommé Dragon. La santé de Timothée inquiète beaucoup sa maman, qui rend visite à Mr Ages, une autre souris, pour prendre conseil. Il diagnostique une pneumonie au petit souriceau, et lui interdit de quitter le lit.

De fil en aiguille, on fait la connaissance de Jeremy, maladroit corbeau qui est le seul élément à faire sourire de tout le dessin animé et qui est un ami de la famille, mais aussi de Tatie Musaraigne, qui vient rapidement prévenir tous les animaux du champ qu’il est temps de déménager, car Mr Fitzgibbons va très bientôt passer avec sa charrue pour retourner la terre de tout son champ, ce qui aura pour conséquence de détruire toutes les maisons et autres terriers des animaux qui y vivent.

Seulement voilà, Timothé ne peut pas quitter le lit, et Madame Brisby va devoir remuer ciel et terre pour trouver une solution à cet état de fait. Elle va prendre tous les risques avec Tatie Musaraigne pour faire tomber la charrue du fermier en panne, mais ce ne sera qu’une solution temporaire, car Mr Fitzgibbons finira par la réparer.

Madame Brisby se tourne donc vers le seul qui pourrait lui proposer une solution pérenne : le Grand Hibou. C’est Jérémy qui la prend sur son dos et prend son envol vers la lointaine forêt dans laquelle habite le gigantesque oiseau, mais la laissera à l’entrée de sa cachette, trop effrayé d’y entrer.

Madame Brisby prendra donc son courage à deux mains pour aller à la rencontre du Grand Hibou, qui est effectivement très effrayant. Dans un premier temps, il refusera de venir en aide à la petite souris des champs, jusqu’à ce qu’elle lui dise son nom. En effet, le Grand Hibou connaissait bien Jonathan Brisby, et il accepte donc d’aider sa veuve dès lors qu’il comprend qui elle est.

Mais on ne sait pas encore à ce moment-là ce qu’a pu faire Jonathan Brisby pour que sa veuve puisse obtenir des faveurs du Grand Hibou, figure redoutée parmi les animaux. On l’apprendra plus tard, d’une autre bouche.

Madame Brisby auprès de Timothée
Madame Brisby auprès de Timothée

Puisque Timothée ne peut pas quitter le lit, il faut transporter la maison des Brisby ailleurs, plus précisément « dans l’angle mort de la pierre », comme le dit le Grand Hibou. Seulement, soulever un parpaing est impossible pour une petite souris des champs. Mr Ages informe Madame Brisby qu’elle devrait aller à la rencontre de Nicodemus, le chef des rats, pour que ceux-ci l’aident à déplacer sa maison.

C’est Nicodemus qui apprend à Madame Brisby les raisons pour lesquelles son défunt mari Jonathan est si connu et respecté au sein de leur communauté. Il raconte ainsi l’histoire de ces animaux de laboratoire soumis à des tests pharmaceutiques par une société nommée NIMH (pour « National Institute of Mental Health »).

Les animaux en question, des rats et des souris, se sont vus administrés différents produits, leur permettant d’acquérir une intelligence supérieure, proche de celle des humains, mais aussi un ralentissement de leur vieillissement. Mais ces animaux étant enfermés et torturés par les hommes, ils ont tenté de s’enfuir, et alors que toutes les souries périrent dans les conduits du laboratoire, Jonathan Brisby et Mr Ages parvinrent à survivre.

Jonathan mourut quelque temps plus tard lors d’une mission que lui avait confié Nicodemus, le chef de rats, qui consistait à endormir le chat Dragon, le chat des Fitzgibbons. Toute l’histoire de « Brisby et le Secret de NIMH » est très sombre comme on peut le constater ici, mais fort heureusement, l’influence Disney est tout de même un peu présente, puisque le dessin animé se termine bien.

En effet, après bien des péripéties, la maison des Brisby est finalement déplacée, le petit Timothée guérit, et Madame Brisby reçoit la visite du corbeau Jérémy qui lui apprend qu’il va se fiancer. Tout est bien qui finit bien, comme un Disney quoi ! Sauf que ce n’est pas un Disney.

Les retombées de « Brisby et le Secret de NIMH » sur les téléspectateurs

Les thèmes abordés dans « Brisby et le Secret de NIMH » sont résolument adultes, et ce, malgré que le ce dessin animé soit étiqueté pour les enfants à partir de l’âge de 8 ans. En effet, on y parle tout à tour d’écologie (avec la menace constante de cette charrue qui s’apprête à détruire l’habitat de tous les animaux du champs, quand bien même certains ne peuvent pas partir), de tests sur les animaux (par la société NIMH, et avec des images crues), de la chaîne alimentaire (avec Dragon qui tue une souris, Jonathan Brisby en l’occurrence), et tout ça, d’une manière extrêmement brutale.

Le téléspectateur n’est absolument pas ménagé par les images, que ce soit pour illustrer ces thèmes dont je viens de parler, mais aussi bien d’autres scènes. On ne peut pas oublier la peur que l’on ressent quand on est en présence de Dragon, ce chat si méchant que personne ne voudrait avoir à ses pieds. Et comment passer à côté de la frayeur causée par la première visite de Madame Brisby au Grand Hibou, purement cauchemardesque avec ses grands yeux trop lumineux pour cette cachette si sombre dans laquelle il se terre ?

Et comment ne pas frémir quand on regarde avec une telle impuissance la maison de Madame Brisby commencer à s’enfoncer dans cette immense flaque de boue, alors qu’elle renferme son petit Timothée, trop malade pour pouvoir quitter son lit ? Même Nicodemus, le véritable mentor de ce récit (puisque c’est sa voix qui raconte l’histoire), n’a pas un profil des plus rassurants, il faut le dire aussi…

Un échec commercial… qui a ouvert des portes !

Don Bluth et ses créations, dont Brisby
Don Bluth et ses créations, dont Brisby

« Brisby et le Secret de NIMH » est sorti en 1982, soit un an après « Rox et Rouky » (qui a lui-même été décalé d’un an à cause du départ de sept animateurs des studios Disney, qui ont suivi Don Bluth). Et ce dessin animé a été un échec commercial aux États-Unis, ce qui explique pourquoi il demeure peu connu.

En effet, il n’a récolté que 14 millions de dollars au box-office américain, un chiffre très insuffisant qui n’aura pas permis de rentabiliser suffisamment le projet (il a rapporté un peu plus de 14 millions de dollars pour 7 dépensés). De fait, Don Bluth Productions arrive au bord de la faillite. Et pourtant, c’est ce dessin animé qui a permis au monde de pouvoir découvrir que les films d’animation ne seront désormais plus l’apanage des studios Disney, que l’on peut être un autre studio, porter un autre nom, et en faire aussi.

Mais au-delà de cet échec financier que « Brisby et le Secret de NIMH » a connu dans son pays d’origine, il faut savoir que ce dessin animé a malgré tout attiré l’attention d’un certain Steven Spielberg, qui a été bluffé par le résultat final à l’écran ! Alors que Don Bluth Productions vient de se transformer en Sullivan Bluth Studios, suite à la rencontre entre Don Bluth et l’investisseur Morris Sullivan, cette nouvelle société de production va se retrouver à collaborer avec Spielberg sur un nouveau dessin animé.

Il s’agira de « Fievel et le Nouveau Monde », qui sortira en 1986, et qui rencontrera un franc succès en salles comme en vidéo. Et ce succès demeurera avec la sortie de « Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles » (1988), également en collaboration avec Spielberg mais aussi George Lucas, suivi par « Charlie » (1989), « Poucelina » (1994) et « Anastasia » (1997).

Conclusion

« Brisby et le Secret de NIMH » est un dessin animé qui m’a certes beaucoup marquée en ce sens où les thèmes abordés sont effectivement très sombres pour une production faite pour les enfants à partir de 8 ans, mais qui m’a aussi fait comprendre certains concepts qui ne sont pas évidents à saisir quand on est encore petit (je rappelle que je n’avais pas encore 7 ans), comme la solidarité et l’entraide.

En effet, même si je n’ai pas abordé ces thèmes dans le paragraphe dans lequel je les ai évoqués, il faut savoir qu’ils sont omniprésents dans ce dessin animé pourtant tragique. « Brisby et le Secret de NIMH », au-delà de sa célébrité insuffisante aux États-Unis, reste quoi qu’il en soit un petit joyau, une histoire poignante qu’il faut voir au moins une fois dans sa vie, tout comme un certain « Dark Crystal », qui est sorti la même année et dont je parlerai certainement dans un futur article 😉 Les deux ont en commun un univers très Fantasy, par ailleurs !

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