
(NDLR : Cet article a été publié originellement en décembre 2015 sur l’Antre de Bloodwitch)
Ahhh Noël, son sapin, ses cadeaux, son bon repas, sa crèche mais aussi… son Père Noël ! Cela fait bien des années que je me demande quel est le rapport entre l’homme barbu tout de rouge vêtu qui descend du ciel pour apporter des paquets aux enfants sages, et la naissance de Jésus. En effet, nulle part le Père Noël n’est cité dans la Bible, et ceux qui apportent des cadeaux à la naissance de Jésus, ce sont les Rois Mages. Alors quoi ? Il n’y aurait donc pas de corrélation entre Noël et le christianisme ?
L’origine de la date du 25 décembre
Remontons le temps, afin de découvrir les véritables origines de cette tradition du bonhomme en rouge et de ses cadeaux aux enfants. À la naissance de Jésus, absolument rien n’indique que cela existait, nous allons donc trop loin. Ier siècle après Jésus, rien non plus. IIe siècle ? Ah, nous avons quelque chose : les saturnales romaines ! Il s’agit là de la célébration du Dieu Saturne, Dieu des semailles.
VIe siècle : l’empereur byzantin Justinien fait de Noël une fête officielle, plus précisément en l’an 529. C’est lui qui proclama la date du 25 décembre comme celle de Noël. À cette époque, la date de naissance du Christ était officiellement le 6 janvier, il n’y avait donc aucun rapport entre les deux.
Mais c’est dans un souci de christianisation des fêtes Païennes que la date du 25 décembre s’imposa comme étant celle de la naissance de Jésus. Une date forcément fausse, car la Bible dit que les bergers sont à l’extérieur avec leurs troupeaux à ce moment-là, et il est donc évident que la scène de la naissance de Jésus n’a pu se dérouler à cette période de l’année.
La date du 25 décembre remplaça donc à la fois les saturnales dont je parlais plus haut, mais aussi la célébration de la renaissance du soleil invaincu (Sol Invictus), et enfin le solstice d’hiver. Et pour ce qui est du solstice d’été, on choisira de célébrer à la place la fête de la Saint-Jean. Mais revenons à Noël, car c’est ce qui nous intéresse ici, et surtout son barbu.
L’origine du personnage qu’est le Père Noël
Et du coup, d’où vient le « Père Noël » ? Bien que l’année retenue soit celle de son utilisation par George Sand dans « Histoire de ma vie » en 1855, la première locution que l’on trouve du Père Noël date en réalité de 1848, à travers la « Revue comique à l’usage des gens sérieux« . Cette appellation est une francisation du Santa Claus américain, lui-même étant une déformation du Sinterklaas néerlandais. Mais qui est ce Sinterklaas, au juste ?
Avant le Père Noël : Sinterklaas / Saint Nicolas
Eh bien c’est le fameux Saint Nicolas, qui est fêté le 6 décembre. On pourrait donc croire que notre bon vieux Père Noël vient directement de Saint Nicolas, un évêque protecteur des plus démunis. D’autant plus qu’ils se ressemblent tout de même beaucoup… si seulement ce dernier n’était pas lui-même inspiré d’un autre personnage !

C’est un fait connu de tous, l’image de notre Père Noël est issue de la popularisation (et non de l’invention, comme on le croit trop souvent) du Santa Claus américain, via une campagne de publicité de la marque Coca Cola datant de 1931. Ce personnage est en réalité né en 1860, d’un illustrateur new-yorkais qui s’est inspiré de la légende du Sinterklaas néerlandais pour le créer. Sinterklaas, on le connaît beaucoup mieux sous le nom Saint Nicolas.
Sa légende est inspirée par un martyr de Myre (en Turquie actuelle), Nicolas de Myre précisément, né entre 250 et 270. C’est une légende qui perdure encore aujourd’hui dans certains pays, comme la Belgique et les Pays-Bas, mais également au nord et nord-est de la France.
Cette légende raconte que le 6 décembre, Saint Nicolas distribue cadeaux et bonbons aux enfants sages, et qu’en parallèle, son alter ego maléfique le Père Fouettard, s’occupe des enfants qui n’ont pas été sages. C’est seulement dans les années 1940 que nous ferons réellement connaissance avec le Père Noël que l’on connaît aujourd’hui.

Et avant Sinterklaas : Julbock et Julenisse
Mais d’où vient le personnage de Saint Nicolas, qui est donc à l’origine du Père Noël ? Remontons le temps jusque dans les années 1700. À cette époque, une célébration païenne lors du solstice d’hiver voulait que les paysans se déguisent en bouc et aillent effrayer les enfants.
Après leur passage, ils laissaient un petit mot moqueur ainsi qu’une petite chèvre en paille ou en bois nommée Julbock. Cette coutume s’est transformée un siècle plus tard en une fête bien plus joyeuse à la même période, durant laquelle les enfants tressaient eux-mêmes une chèvre en paille. La légende entourant cette création voulait que la chèvre en question s’envole le soir de Noël au pays des cadeaux afin de leur en rapporter un.
Puis, en 1840 apparut un petit lutin nommé Julenisse, chevauchant la fameuse chèvre pour sa distribution de cadeaux, en échange d’un bol de porridge. C’est de ce lutin que vient le personnage de Saint Nicolas, et par extension notre Père Noël ! En effet, de Julenisse, ils gardent notamment la barbe blanche ainsi que le bonnet rouge.

L’origine de la fête de Noël
À présent, passons à la fête de Noël elle-même, car derrière cette célébration, il y a aussi une histoire. Il faut savoir qu’à l’origine, à cette période de l’année, plusieurs Dieux étaient célébrés, et c’est le melting pot de toutes ces célébrations qui seront les fondations de la fête de Noël telle que nous la connaissons aujourd’hui :
- Odin/Wotan en Scandinavie, qui envoyait des corbeaux surveiller la conduite du peuple et envoyait par la suite des cadeaux aux enfants sages pendant le solstice d’hiver.
- Mikoula en Russie, qui récompensait également les enfants sages.
- Gargan chez les Celtes, qui faisait la même chose.
- Saturne et Strénia à Rome, où cette dernière était honorée durant les saturnales, ce qui avait pour conséquence que les romains s’offraient des cadeaux entre eux en son nom (les fameuses étrennes trouvent leur origine ici). Cette célébration sera connue sous le nom de Fête des Fous au Moyen-Age. Cela consistait entre autre à inverser les rôles entre esclaves et maîtres, mais aussi et surtout à décorer les maisons de houx et de branches de sapin (seul arbre encore vert à cette période de l’année). On retrouve ici l’origine du sapin de Noël.
Mais on célébrait aussi le solstice d’hiver : Il donnait lieu dans l’antiquité à de grandes festivités sensées faire revenir au plus vite la lumière. En effet, le solstice d’hiver est cette période de l’année durant laquelle les jours sont les plus courts. C’est un culte païen en l’honneur du Dieu Mithra.
Et c’est l’Église chrétienne qui posa ensuite la date du 25 décembre pour la célébration de Noël, la faisant ainsi correspondre avec la date décidée de la naissance de Jésus. Le but premier de cette manœuvre était de christianiser notamment ce culte païen du soleil invaincu (Sol Invictus, j’en ai un peu parlé plus haut). Mais par la même, cela anéantit toutes les célébrations citées un peu plus haut. Eh oui, Noël n’a rien de chrétien, et il a même des fondations basées sur des fêtes païennes…

L’origine de la crèche de Noël
Quant à la crèche de Noël, l’explication de son origine est simple : comme je le disais un peu plus haut, c’est l’Église qui a décrété que la naissance de Jésus serait célébrée un 25 décembre, et c’est au IVe siècle que cela a été décidé, alors même qu’il n’est pas réellement né à cette date. La crèche, que l’on fait souvent au pied de nos sapins de Noël de nos jours, représente précisément cette scène.
Les crèches, ce sont ces petites scènes miniatures qui représentent une étable, dans laquelle on place le petit Jésus fraîchement né de la vierge Marie, autour desquels on place des animaux (puisque c’est une étable), ainsi que les trois rois mages, chacun venu apporter un présent pour le nouveau-né : l’encens pour sa divinité, la myrrhe pour son humanité, et l’or pour sa royauté.
À l’origine de ces petites scènes confectionnés à la main, il y a une festivité bien plus réelle : les crèches de Noël vivantes, instaurés par un certain Giovanni di Pietro Bernardone (1181/1182-1226), plus connu sous le nom François d’Assise. Il était un religieux catholique italien, mais aussi diacre et mystique, ainsi que le fondateur de l’ordre des Frères mineurs en 1210. L’idée de la crèche vivante se développe en Europe à partir du XIIIe siècle, dans un premier temps au sein de la théologie des Frères mineurs, avant de devenir un aspect purement chrétien.
L’origine des 13 desserts
Et pour finir, quid des 13 desserts ? On sait qu’il s’agit d’une tradition provençale ancienne. Mais le nombre de ces desserts a été décidé très récemment (début du XXème siècle). Leur nombre a été fixé à 13 afin de rappeler la Cène durant laquelle Jésus est entouré de ses 12 apôtres.
À l’origine, cette habitude de servir 13 desserts était faite pour montrer que l’on avait de quoi passer l’hiver, que l’on ne manquerait de rien. Cette tradition n’a donc rien de chrétien, hormis la référence à la Cène, et qui est apparemment faite de manière assez arbitraire, finalement.
Et si le sujet des fêtes païennes vous intéresse, j’ai un article à ce sujet à vous proposer !
