
J’ai déjà proposé un article sur Silent Hill, dans lequel je racontais d’où vient l’idée de cette fameuse ville perdue au milieu du brouillard : il s’agit de Centralia. Mais jusqu’ici, je ne m’étais encore jamais penchée sur la matière de base : ce que racontent chacun des jeux vidéo de la licence Silent Hill, ceux dont les deux films, sortis respectivement en 2006 et 2026 (il y a tout juste quelques jours puisqu’il est encore dans nos salles obscures) s’inspirent. C’est ce que je vous propose de voir ici ! Car c’est tout un monde qu’il y a à découvrir à travers cette licence de type survival horror !
La licence Silent Hill, toute une histoire…
Lorsque sort le premier opus de la licence Silent Hill en 1999, on est sur un type de jeu vidéo qui est encore relativement nouveau, et il s’agit du survival horror. En effet, jusqu’à la sortie de ce « Silent Hill », on avait la licence Resident Evil, qui a proposé son premier volet en trois ans plus tôt, et était donc déjà reconnue dans le milieu. Et avant cette licence, qui se trouve plus axée sur l’action, quelques autres titres ont posé les premières pierres du genre : « Haunted House » (1981) et « Halloween » (1983) sur Atari 2600, ainsi que « Friday the 13th » (1984) sur NES.
Difficile de ne pas citer également la saga « Alone in the Dark », dont la trilogie originale publiée entre 1992 et 1996 a été éditée par la boîte française Infogrames. Ce qui est amusant avec ce premier « Silent Hill », c’est qu’il a véritablement fait de l’ombre à la licence déjà très bien installée qu’était Resident Evil par Capcom, qui sortait déjà son troisième opus lorsqu’il est arrivé. Et le pire dans tout ça, c’est que le petit développeur derrière le développement de ce premier jeu vidéo « Silent Hill » n’y connaissait absolument rien en jeu d’horreur !
Ainsi, le jeune Keiichiro Toyama s’est-il retrouvé à faire ses propres recherches sur le genre. De films en romans, il s’est rendu compte que les plus grands noms du genre allaient de Stephen King à Howard Phillips Lovecraft, en passant entre autres par David Lynch. Il s’est donc nourri de ces auteurs et autres réalisateurs, et a fait le constat que l’horreur que le public semble aimer, c’est celui qui provient d’un quotidien à la base complètement banal, avec des protagonistes qui sont tout sauf des guerriers.
Il tente tout d’abord d’acquérir les droits de « The Mist », un des romans de Stephen King, mais il s’y casse le nez. Il décide alors de créer son propre univers, sans vraiment qu’il y ait de héros ou d’arme, et sans créatures stéréotypées non plus. C’est ainsi qu’est née la licence Silent Hill, et son ambiance si singulière fera rapidement d’elle une véritable légende dans l’univers du jeu vidéo.
Silent Hill, premier du nom (1999)

« Silent Hill », le tout premier épisode de la saga vidéoludique, est sorti en 1999 sur Playstation. On y incarne Harry Mason, père de famille parti en vacances avec sa fille Cheryl dans la petite ville balnéaire qu’est Silent Hill. La voiture qu’il conduit subit un accident sur la route, et Harry perd connaissance. Quand il se réveille, sa fille a disparu, et notre but est donc de la retrouver. On se retrouve donc à visiter la ville de Silent Hill dans tous ses recoins, dans le but ultime de découvrir une trace qui mènerait jusqu’à la petite Cheryl.
Et pour ce faire, on est aidé par Cybil, policière d’une ville voisine qui s’est égarée à Silent Hill. Cela tombe très bien, puisque Harry n’a absolument rien d’un combattant, et que les créatures qu’ils vont croiser tous les deux ne comptent clairement pas le laisser tranquillement se balader, juste sous le prétexte qu’il ne sait absolument pas se battre.
Silent Hill 2 (2001)
Le film « Retour à Silent Hill » réalisé par Christophe Gans, qui est encore dans nos salles obscures à l’heure actuelle, est librement inspiré de cet épisode de la saga vidéoludique, sorti quant à lui en 2001 et qui est, de l’avis de la grande majorité des joueurs, considéré comme le meilleur de toute la série. Là, nous incarnons James Sunderland, qui reçoit une lettre provenant de son épouse, Mary, pourtant officiellement décédée d’une maladie.
Elle lui demande de la retrouver dans « leur lieu à eux », qui est la petite ville de Silent Hill qu’ils ont visitée quelque temps plus tôt. C’est bien évidemment avec un certain trouble que James retourne dans cette ville, d’autant plus que les lieux ont sacrément changé de profil, mais aussi d’habitants ! On y retrouve précisément les créatures effrayantes du premier opus, en lieu et place des personnes que James et Mary ont côtoyées, et il est ici question de trouver la vérité derrière ce qu’il se passe à Silent Hill.
Silent Hill 3 (2003)
Difficile de passer après l’excellent « Silent Hill 2 », qui reste encore à ce jour considéré comme le meilleur de la licence. « Silent Hill 3 » est sorti en 2003, et on revient sur les traces du premier jeu, puisque l’on incarne Heather Mason qui n’est autre que la fille adoptive de Harry Mason, l’homme que l’on incarne dans « Silent Hill » premier du nom. Pas question ici de disparition ni de lettre provenant d’un auteur a priori revenu d’outre-tombe, Heather est juste partie faire du shopping quand des membres d’une secte de la ville de Silent Hill décident de faire d’elle la matrice qui devra faire venir au monde leur futur dieu.
Silent Hill 4: The Room (2004)

Ce volet propose un scénario d’une simplicité telle qu’il tient en quatre mots : sortir de la maison. Sauf que pour y parvenir, c’est bien évidemment autre chose, c’est même beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît ! On incarne ici un certain Henry Townshend, qui vit dans le fameux appartement depuis environ deux ans lorsque sa porte d’entrée se retrouve inexplicablement cadenassée par de lourdes chaînes à l’apparence impossibles à ôter.
Bien sûr, les fenêtres sont condamnées, le téléphone est coupé, la télé ne fonctionne pas et personne ne peut nous entendre crier (je digresse un peu, on n’est pas dans l’espace du film « Alien »…). La seule issue visuellement possible ? Un trou apparu on-ne-sait-comment dans la salle de bain. Et c’est ainsi que débute l’entrée dans le cauchemar de cet univers parallèle dérangeant qui sied si bien à la licence Silent Hill.
Silent Hill: Ørigins (2007)
Sorti en 2007, et comme son nom l’indique clairement, il s’agit d’un prologue des quatre précédents jeux de la licence. On y incarne Travis Grady, conducteur de poids lourd de son état, qui va avoir un malencontreux accident de la route près de la ville de Silent Hill. Lorsqu’il sort de son camion afin de voir de plus près ce qu’il s’est passé, il aperçoit une petite fille se mettre à courir.
Il la suit, et se retrouve alors devant une maison en feu. De cette maison sort alors une autre petite fille qu’il emmène rapidement à l’hôpital le plus proche. Et, alors qu’il attend sur place des nouvelles suite à sa prise en charge, il fait un malaise et perd connaissance. Il reprend connaissance dans l’univers parallèle de Silent Hill, où il doit se défendre contre les différentes atrocités que cachent les lieux.
Silent Hill: Homecoming (2008)
Sans doute le malaimé de la licence, du fait de son caractère plus orienté action que les précédents volets, « Silent Hill: Homecoming » nous fait incarner un militaire nommé Alex Shepherd. Suite à une blessure, il rentre chez sa mère à Shepherd’s Glen, seulement voilà, son petit frère Joshua n’est pas là, et il se persuade qu’il lui est arrivé quelque chose. Il part donc à sa recherche, qui le conduit rapidement dans la ville voisine : Silent Hill, plongée dans le brouillard.
Silent Hill: Shattered Memories (2010)
Bien qu’il fasse partie de la saga principale, « Silent Hill: Shattered Memories » est surtout une réécriture du premier jeu de la licence. On y incarne donc en toute logique Harry Mason, parti à la recherche de sa fille Cheryl après que leur voiture ait eu un accident de la route. Bien évidemment, je ne fais que répéter ce que j’ai déjà dit du premier jeu, je ne développerai donc pas davantage.
Silent Hill: Downpoor (2012)

Cette fois, on incarne Murphy Pendleton, prisonnier de son état (pour des raisons que l’on ignore). Tout commence par un transfert qui doit le conduire vers le pénitencier de Brahms. Sur le trajet, il fait la rencontre de l’officier Anne Cunningham, qui semble déjà bien le connaître, et même le détester sans que l’on sache pourquoi. Le car qui transporte les protagonistes termine rapidement dans un ravin, mais fort heureusement, Murphy Pendleton s’en sort.
Il se retrouve ainsi, seul, dans une forêt que le brouillard environnant transforme en une véritable purée de pois. C’est en toute logique que l’on rejoint la ville la plus proche, qui n’est autre que Silent Hill (quelle coïncidence !). La différence avec les volets précédents ? On n’est pas seulement poursuivi par les entités des lieux, l’officier Cunnginham est également à nos trousses !
Silent Hill f (2025)
Énorme changement de décor pour ce « Silent Hill f », puisque l’on se retrouve au Japon, tandis que les jeux précédents se déroulent aux États-Unis. Nous sommes dans les années 1960, dans la ville d’Ebisugaoka qui se retrouve mystérieusement plongée dans le brouillard. On se retrouve dans la maison de la jeune Hinako Shimizu, transformée en un cauchemar que l’on n’imagine que trop bien lorsqu’on a déjà joué aux opus précédents. À la différence qu’ici, ce n’est pas Silent Hill que l’on explore, mais une réalité alternative d’Ebisugaoka. Toujours avec des entités effrayantes, toujours avec des énigmes aussi.
Les créatures de la licence Silent Hill
La licence Silent Hill renferme un bestiaire qui, bien que composé d’assez peu de créatures, n’en reste pas moins mémorable (dans le bon, comme dans le mauvais sens du terme). Faisons un petit récapitulatif des figures les plus importantes qui résident dans l’univers parallèle de la ville de Silent Hill.
Pyramid Head
Malgré un profil clairement affirmé de créature majeure pour la licence Silent Hill, voire même son emblème principal, Pyramid Head n’apparaît pourtant qu’à partir du second jeu vidéo, et il n’est même pas toujours présent dans les suivants. Il porte une tenue de boucher, sa tête est camouflée par un casque aux tons rouges, en forme de pyramide (d’où son nom), et il ne se déplace jamais sans un immense couteau, qui est presque aussi grand que lui.
Dans « Silent Hill 2 », il est l’incarnation physique de la culpabilité ressentie par le protagoniste principal, James Sunderland, et il est là pour lui rappeler ses actions passées. Lorsqu’on le revoit dans « Silent Hill: Homecoming », Pyramid Head est davantage vu comme une sorte de croque-mitaine, et on l’appelle « L’Ombragé ». Il inflige son châtiment à ceux qui le méritent. Il est également vu comme un serviteur de Valtiel.
Les Infirmières

On les voit dès le premier jeu vidéo « Silent Hill ». Les infirmières sont le lien (très évident) avec la maladie, et de manière plus générale avec l’hôpital. Elles peuvent faire penser à des choses différentes en fonction du jeu dont on parle. Dans « Silent Hill 2 » par exemple, elles semblent être là pour rappeler les conditions dans lesquelles Mary a rendu son dernier souffle (la tête gonflée peut tout à fait rappeler la maladie dont elle souffrait, tandis que leurs spasmes peuvent faire penser à ceux qu’elle a eus peu avant qu’elle ait rendu son dernier souffle), tandis que dans « Silent Hill 3 », elles sont plutôt là pour rappeler les souvenirs d’Heather Mason.
Les Mannequins
Les mannequins n’ont pas toujours de tête. Elles sont principalement constituées d’un torse féminin et de quatre membres qui s’avèrent n’être que des jambes, dont seules deux disposent de pieds (chaussés de bottines, par ailleurs). Elles se déplacent telles des araignées, et donc, le plus souvent sur les murs, voire au plafond, ce qui les rend assez imprévisibles.
Valtiel
Valtiel est l’archange de la religion qui régit Silent Hill, et son nom (qui est un dérivé de « valet ») signifie « Serviteur », sans doute parce qu’il dirige la religion (qui s’apparente tout de même pas mal à une secte, il faut le dire) de Silent Hill. Il est tout aussi connu que Pyramid Head, malgré un rôle finalement très passif. Malgré son caractère de serviteur de dieu, il est lui-même vénéré en tant qu’être divin, et il dispose de son propre culte, qui est nommé la secte de Valtiel.
Il apparaît pour la première fois devant la jeune Heather Mason que l’on incarne dans « Silent Hill 3 », et bien que l’on ne puisse distinguer son visage, il est clairement de forme humanoïde, et il arbore le Sceau de Metatron sur ses deux épaules. Les deux étant considérés comme des « Agents de Dieu », il n’est pas interdit de penser que Valtiel et Metatron sont une seule et même entité.
Bonus : Comment j’interprète la fin du film « Retour à Silent Hill » ?
Le film « Retour à Silent Hill » de Christophe Gans est sorti au cinéma il y a quelques jours, et le moins que l’on puisse en dire, c’est qu’il fait hurler les puristes, parce qu’il ne respecte pas selon eux la matière de son inspiration première : le jeu vidéo « Silent Hill 2 ». Il faut dire que le pari d’adapter ce jeu-là était très risqué, puisque comme je le dis dans sa présentation plus haut, il est considéré comme le meilleur de toute la licence. Si vous ne voulez pas être spoilé(e), ne lisez pas ce qui suit.
Cliquez pour dérouler (mais vous êtes prévenu(e), ça va spoiler !)
Christophe Gans a donc pris la liberté de faire revenir James Sunderland à ce qui s’est passé au moment de sa rencontre avec Mary Crane, sur les hauteurs de Silent Hill, alors qu’elle cherchait à quitter les lieux. James, qui sait alors « déjà » ce qui va lui arriver s’il fait le même choix que la première fois, décide cette fois-ci d’emmener Mary loin de Silent Hill, et donc de lui permettre cette fuite qu’elle avait amorcée juste avant leur rencontre.
Pourtant, si on regarde bien, James ne fait que sombrer tout au long du film au cœur du stress post-traumatique que lui a laissée la mort de Mary, qu’il a lui-même causée. Sa psychologue représente son ultime lien avec la réalité, sauf qu’elle ne parvient pas à le garder dans celle-ci, et le lien finit par se couper irrémédiablement lorsqu’il choisit de suivre la petite Laura, plutôt que de rester éveillé auprès de sa psy.

Laura, qui est très clairement une des représentations de Mary, d’où le fait que cette dernière porte ce prénom sur sa pierre tombale, et il en est de même pour Angela, cette jeune femme que James rencontre peu après son retour aux abords de la ville de Silent Hill. Et il en est de même pour le jeu vidéo « Silent Hill 2 », où ces deux autres représentations de Mary sont également présentes. Ce que l’on est en droit de regretter par contre, c’est le caractère archi-secondaire du personnage d’Eddie, qui n’est clairement pas assez exploité.
En effet, alors qu’il apparaît plusieurs fois dans le jeu vidéo, qu’il nous fait même passer un message (il finit par croire que tuer des gens va régler ses problèmes, alors qu’il ne fait que sombrer dans la folie), on ne le voit qu’une seule fois dans le film « Retour à Silent Hill », et le message qu’il est censé faire passer (qui peut être sujet à plusieurs interprétations en fonction de notre sensibilité, tout comme l’ensemble du jeu finalement) tombe complètement à l’eau.
C’est sans doute cet aspect que je regretterais le plus dans le film, vis-à-vis du jeu vidéo. Mais il faut reconnaître que faire rentrer l’ensemble du scénario d’un jeu vidéo aussi complexe que « Silent Hill 2 » dans un film d’à peine 1h40, c’était un pari compliqué, il faut tout de même le dire. À cause de cette durée trop limitée, le film manque d’une dimension plus horrifique, plus angoissante.
La plupart des scènes se déroule trop rapidement, la tension n’a pas le temps de monter suffisamment, et des scènes qui auraient dû être principales passent pour secondaires. Mais si on accepte cette idée que « Retour à Silent Hill » n’est pas tout à fait « Silent Hill 2 », ce film n’est pas mauvais en soi. Pour ma part, je dirais que j’ai passé un bon moment. Christophe Gans m’a fait interpréter les choses d’une façon tout à fait différente du jeu vidéo, et je trouve que ce n’est pas un mal, car cela permet une autre lecture du cas James Sunderland.
Dans le film, on reconnaît très rapidement les signes de la fin « Dans l’eau », celle où James prend la décision de se suicider après avoir asphyxié Mary, et je me disais alors que c’était dommage de choisir une des fins du jeu, alors qu’il y avait possibilité d’apporter une « autre fin ». Et finalement, je trouve très intelligent ce retournement de situation qui fait revivre à James sa rencontre avec Mary, sur les hauteurs de la ville de Silent Hill, et de bousculer le destin en lui permettant la fuite qu’elle souhaitait.
Cette tournure de fin m’a fait vraiment réfléchir, et je suis restée tout le long du générique à me demander quel était le message que Gans cherchait à faire passer. Est-ce là une fin positive, ou bien est-elle beaucoup plus triste que ce qu’elle montre au premier abord ? J’ai finalement opté pour la seconde réponse. En effet, là où on serait tenté de voir une fin heureuse (puisqu’après tout, James et Mary s’en vont ensemble loin de Silent Hill, et c’est cool !), après réflexion, moi j’y vois plutôt une brasse coulée au fond d’une certaine forme de démence.
Cette démence dans laquelle James commence déjà à plonger inexorablement dès le début du film (tout comme dans le jeu vidéo, d’ailleurs). Au point où il perd toute notion de logique lorsqu’il lit cette lettre reçue de sa compagne pourtant décédée. On comprend de suite qu’il va mal, très mal. Et ce que l’on voit tout au long du film est une chute tellement sans fin, que j’en suis arrivée à la conviction que notre pauvre James ne pourra pas la pente. Ce qui fait que la fin du film, telle que je l’interprète, est très bien ficelée.
De plus, c’est une fin qui ne demande pas de suite, ce qui permettrait le développement d’un autre film basé sur un des autres jeux de la licence Silent Hill. Peut-être avec moins de rapidité, quitte à le faire en deux parties (il aurait été très bien de procéder ainsi pour « Retour à Silent Hill », car cela aurait permis une meilleure exploitation de bien des aspects de ce film !). On verra bien…
