La microfiction de mars 2026

Illustration pour la microfiction de mars 2026 (par Jupilu, Pixabay)
Illustration pour la microfiction de mars 2026 (par Jupilu, Pixabay)

Introduction

[Le concept de la microfiction est simple : à partir d’une simple illustration libre de droits, je rédige une toute petite histoire. Ce type d’article, publié chaque mois, est fait pour vous donner une idée de la qualité de ma plume, tandis que de mon côté, il est l’occasion d’un exercice qui a toujours été un challenge pour moi : faire court. L’idée de ces microfictions est donc de vous proposer tous les mois un récit fictif d’environ 500 mots. Bonne lecture !]

La microfiction

Nous étions beaux. Nous étions jeunes. Nous venions d’unir nos avenirs à travers cette alliance que nous arborions tous les deux à notre annulaire droit. Notre bonheur était à son comble, et pourtant, peu après que nous soyons passés devant le maire de notre petite ville, mon besoin de ressentir une dernière fois cette liberté que je venais de perdre m’a assailli. Tout le long du chemin de notre retour à la maison, j’ai pensé à ce que je venais de perdre.

Pourtant, tout allait très bien. Nous n’étions plus que nous deux dans cette voiture que je ramenais à la maison. Nous avions laissé nos témoins derrière nous, parce que nous avions opté pour la simplicité la plus primaire. Mais une fois la voiture arrêtée dans notre garage, je n’ai pu refréner davantage ce besoin. Alors je t’ai demandé si cela te dérangeait que je prenne mon vélo, et que je parte faire un tour.

Tu as dit oui, et alors que tu étais encore devant la maison, je suis allé chercher mon vélo dans le garage. Je me suis arrêté à ta hauteur, car je ne pouvais m’éloigner de toi sans t’adresser un dernier geste. Je t’ai embrassé, je t’ai promis de ne pas être long, et j’ai commencé à pédaler. Mon vélo et moi avons parcouru des mètres, qui se sont transformés en kilomètres. Les minutes se sont transformées en heures, et enfin, la nuit tant redoutée est arrivée.

Il me faut rentrer à présent, te retrouver, toi qui m’attends depuis des heures, sans doute lovée dans notre beau canapé neuf, que nous avons acquis il y a quelques jours à peine, peut-être avec un chocolat chaud désormais devenu froid à force de patienter. Et moi, je suis là avec mon vélo, si loin de la maison que je ne suis même plus certain de pouvoir retrouver son chemin. J’ai rêvé de cette vie toute mon enfance. De trouver cette femme qui m’attendrait, cette maison qui brillerait de nos espoirs communs, ce mariage qui aurait été aussi simple que nous aurions espéré notre existence.

Et alors que j’ai enfin touché du doigt tout ce dont j’avais toujours voulu, me voici au bord de ces vagues, à des kilomètres de mon paradis sur terre, un simple vélo pour compagnon, dont j’ignore encore pourquoi je l’ai enfourché. Et alors que je m’apprête à en reprendre le guidon, cette alliance que je ne porte que depuis quelques heures se met à glisser. Je l’aperçois qui tombe furtivement dans le sable, comme au ralenti. Et tandis que je me penche pour la ramasser, la voilà qui disparaît, comme happée par des sables soudain devenus mouvants.

Je ne peux réprimer un soupir de découragement. Est-ce là un signe du ciel, qui m’indique que finalement, ce bonheur qu’il me semblait avoir touché du doigt, à peine quelques heures plus tôt, ne devait être que de courte durée ? Que mes doutes sont finalement bel et bien fondés ? Que cette vie n’est en réalité pas celle que je devais avoir ? Et alors que mes yeux se perdent au sein de l’horizon qui se fond avec le bleu du ciel, je sens ma respiration se ralentir, comme si elle allait s’arrêter à jamais…

Découvrez l’ensemble de mes microfictions dans la section dédiée ! Et si l’envie vous prend de vous plonger également dans mes romans, les voici :

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