
Introduction
[Le concept de la microfiction est simple : à partir d’une simple illustration libre de droits, je rédige une toute petite histoire. Ce type d’article, publié chaque mois, est fait pour vous donner une idée de la qualité de ma plume, tandis que de mon côté, il est l’occasion d’un exercice qui a toujours été un challenge pour moi : faire court. L’idée de ces microfictions est donc de vous proposer tous les mois un récit fictif d’environ 500 mots. Bonne lecture !]
La microfiction
Tout est calme en ce matin de mai. Le lac est si immobile qu’il semble ne pas avoir terminé sa nuit. Seul le tracé créé par le passage de ce pélican vient troubler l’immobilité de cette étendue d’eau sur laquelle mes yeux se reposent. Même le reflet des arbres est si parfait sur l’eau qu’on les dirait réels, alors qu’il ne s’agit finalement que de leur ombre. Tout ce paysage est si reposant que je pourrais passer des heures à le contempler…
Si seulement ce rendez-vous dont je suis sortie hier soir avait pu être aussi calme que ce doux paysage qui se présente devant moi. Mais ce qui s’y est passé fut très exactement l’inverse de cela en réalité. Tout comme ce pélican qui termine tranquillement sa course, je pensais que la ligne serait droite, que je conviendrais parfaitement au poste, que je n’aurais pas besoin de m’inquiéter de quoi que ce soit.
La douche fut pourtant si froide que celle que j’ai prise à la maison ensuite m’a paru brûlante, alors même que je n’avais utilisé que de l’eau froide. Les mots qui m’ont été asséné hier soir furent bien plus difficiles à digérer que la boîte de conserve que je me suis forcée à manger. J’avais tout : la qualification, l’ancienneté, je connaissais l’entreprise, et je savais que je convenais tout à fait au poste.
Mais alors que je suis arrivée à cet entretien avec tout mon aplomb, certaine d’être prise en moins de temps qu’il n’aurait fallu pour le dire, ce qui m’aurait enfin permis de penser que mon précédent employeur a eu bien tort de me laisser partir, une réalité m’est revenue en pleine face. L’une de celles auxquelles on ne s’attend pas. L’une de celles contre lesquelles on ne peut avoir aucun argument. Et effectivement, je n’ai su que répondre. Ce fut si violent.
« Vous êtes trop âgée ». Trop âgée… Ah… Ainsi, quand ce n’est pas l’ancienneté qui est insuffisante, c’est le niveau d’études qui est trop bas ou trop haut. Et quand ce n’est ni l’un ni l’autre, c’est finalement l’âge qui ne suit pas. Dans quel moule faut-il donc rentrer pour espérer être pris lorsque l’on postule à un poste ? Je comptais tant sur cet entretien pour me redonner la foi en moi-même. Pouvoir regarder passer ce pélican en me disant que comme lui, je file droit à travers un océan de calme.
La réalité est finalement bien différente. Lui file droit, lui est libre, lui fend le calme du lac sans se soucier de quoi que ce soit. Moi, je ne sais pas où je vais, cette errance débutée il y a déjà plusieurs mois ne fait que continuer son chemin, sans que je puisse deviner combien de temps cela va durer, ni jusqu’où cela va me mener. Cette petite voix dans ma tête qui me disait que c’était du gâteau a eu bien tort.
Découvrez l’ensemble de mes microfictions dans la section dédiée ! Et si l’envie vous prend de vous plonger également dans mes romans, les voici :
